‘Abd al-Muḥsin b. Ḥasan, connu sous le nom d’al-Dimashqī (1), fut nommé à la place de Tāj al-Dīn Ṣāliḥ b. Tāmir b. Ḥāmid al-Jaʿbrī (2). C’était un homme d’un rang ancien dans l’émigration, doté de grandes vertus, pieux et scrupuleux, habile dans l’exercice de ses fonctions. Il avait déjà exercé la charge de vice-juge en l’an 657 H. Lorsque Ibn Ṣaṣrā fut nommé, il se détourna de cette vice-régence.
Le dimanche 20 Rabīʿ al-Ākhir arriva le courrier dépêché du Caire, porteur d’un renouvellement de décret en faveur du qāḍī Shams al-Dīn al-Adhruʿī, de rite ḥanafite (3). La population pensa qu’il s’agissait de la nomination d’Ibn al-Ḥarīrī à la magistrature suprême ; on se rendit donc, en compagnie du messager, à la Ẓāhiriyya pour le féliciter. Les gens se rassemblèrent, selon l’usage, afin d’entendre la lecture du diplôme. Shaykh ʿIlm al-Dīn al-Barzalī commença la récitation ; mais lorsqu’il arriva au passage où figurait le nom du titulaire, il constata que le décret n’était pas destiné à Ibn al-Ḥarīrī mais bien à al-Adhruʿī. La lecture s’interrompit ; l’assemblée, avec le courrier, se dirigea alors vers al-Adhruʿī. Il en résulta pour Ibn al-Ḥarīrī et les présents une vive déconvenue et un grand embarras.
Le même courrier apportait également une lettre convoquant le shaykh Kamāl al-Dīn Ibn al-Zamlakānī au Caire (5). Cette requête sema le trouble, et ses compagnons craignirent pour lui en raison de son attachement au shaykh Taqī al-Dīn Ibn Taymiyya. Le vice-sultan usa d’égards à son égard, intercéda pour lui, si bien qu’il fut dispensé de se rendre en Égypte — louange à Allah.
Le jeudi 9 Jumādā al-Ūlā, le shaykh Burāq (6) entra à Damas, accompagné de cent pauvres gens : tous avaient la barbe rasée et la moustache longue, à l’inverse de la Sunna, et portaient sur la tête des cornes de feutre. Ils étaient munis de clochettes, de castagnettes et de bâtons de bois. Ils descendirent à al-Munaybiʿ, assistèrent à la prière du vendredi sous le portique des ḥanbalites, puis se dirigèrent vers Jérusalem pour la ziyāra. Ils sollicitèrent ensuite l’autorisation d’entrer dans les contrées d’Égypte, mais celle-ci leur fut refusée. Ils revinrent donc à Damas, y jeûnèrent le mois de Ramaḍān, puis repartirent vers les pays d’Orient, n’ayant trouvé à Damas aucun accueil favorable.
Leur shaykh Burāq était un Rūmī, originaire de quelque village des Dūqāt, âgé d’environ quarante ans. Il jouissait auprès de Ghāzān d’un rang éminent : on avait un jour lâché contre lui un tigre, qu’il rabroua ; l’animal s’enfuit, et Ghāzān, émerveillé, lui fit don, en un seul jour, de trente mille (pièces) qu’il distribua intégralement, gagnant ainsi son affection. Les adeptes de sa voie ne laissent jamais passer une prière ; quiconque en manque une est fouetté de quarante coups. Il prétendait que la voie qu’il empruntait n’avait pour but que de « ruiner son propre ego », que cette mise en scène grotesque convenait au bas-monde, tandis que l’essentiel résidait dans l’intériorité, le cœur et son édification. Quant à nous, nous ne jugeons que d’après l’apparent, et Allah est plus savant des secrets des cœurs.