Quant à Ibn Ṣaṣrā, un nouveau décret confirmant sa nomination au poste de juge fut émis sur l’indication d’al-Manbijī, le shaykh d’al-Jāshankīr, gouverneur d’Égypte. Il regagna Damas le vendredi 6 Dhû al-Qaʿda, alors que les cœurs le haïssaient et que les âmes se détournaient de lui. Son acte d’investiture fut lu dans la Grande Mosquée, puis on y déclama une lettre diffamant le shaykh Taqî ad-Dîn [Ibn Taymiyya] et le déclarant dissident en matière de croyance, avec ordre de proclamer cela dans toutes les contrées syriennes et d’enjoindre aux adeptes de son école de le désavouer. Il en alla de même en Égypte : al-Jāshankīr et son maître Naṣr al-Manbijī se dressèrent contre lui, soutenus par un grand nombre de juristes et de soufis, si bien que de nombreux troubles éclatèrent ; nous implorons Allah de nous préserver des tentations.
Les ḥanbalites d’Égypte connurent alors une grave humiliation, car leur qâḍî, Shūf ad-Dîn al-Ḥarrānī, était peu versé dans la science, « marchandise de peu de valeur » ; c’est pour cette raison que ses coreligionnaires subirent ce qu’ils subirent, et leur situation devint celle que l’on sait.
Au mois de Ramaḍân, une lettre du chef des serviteurs du Noble Sanctuaire de Médine parvint au sultan pour solliciter l’autorisation de vendre une partie des lampes du Ḥaram nabawî, afin d’affecter le produit de cette vente à l’édification d’un minaret à la porte as-Salâm, attenante à la Rawḍa purifiée. L’autorisation lui fut accordée. Parmi ces lampes se trouvaient deux lanternes d’or d’un poids total de mille dinars ; il les vendit, commença la construction, et Siraǧ ad-Dîn ʿUmar fut nommé juge et prédicateur du Sanctuaire, ce qui déplut aux râfiḍa.
Le jeudi 12 Dhû al-Qaʿda, un courrier arriva d’Égypte annonçant la nomination, comme qâḍî des ḥanafites, de Shams ad-Dîn Muḥammad b. Ibrâhîm b. Dâwud al-Aḏraʿī, en remplacement de [Shams ad-Dîn] b. al-Ḥarîrī, destitué ; ainsi que la nomination du shaykh Burhân ad-Dîn, fils du shaykh Tâj ad-Dîn al-Fazârī, à la fonction de prédicateur de Damas, en lieu et place de son oncle le shaykh Sharaf ad-Dîn, – qu’Allah lui fasse miséricorde. Des robes d’honneur leur furent remises, et tous deux prirent leurs fonctions le vendredi 13 du mois. Le shaykh Burhân ad-Dîn prononça alors un sermon de belle facture, auquel assistèrent la population et les notables.
Cinq jours plus tard, il se démit de la fonction de prédicateur, préférant conserver la chaire d’enseignement de la Bâdarīyya lorsqu’il apprit que l’on cherchait à la lui retirer ; ainsi, la charge de la khatâba resta vacante.