Le conseil susmentionné fut tenu par le shaykh Kamâl ad-Dîn Ibn az-Zamlakânî. Le vingt-six Shaʿbân, un décret du sultan arriva, ordonnant la réintégration d’Ibn Ṣaṣrā dans la magistrature, sur la recommandation d’al-Manbijî.
Le décret disait :
« Nous avions prescrit (1) la tenue d’un conseil pour le shaykh Taqî ad-Dîn Ibn Taymiyya ; il nous est parvenu le compte rendu des différentes séances qui se sont tenues pour lui, et il apparaît qu’il est sur la voie des Pieux Prédécesseurs. Notre but n’était que d’innocenter sa personne des accusations portées contre lui. »
Puis, le lundi 5 Ramaḍân, un second décret parvint, dévoilant ce qui était survenu au shaykh Taqî ad-Dîn Ibn Taymiyya du temps de Qâzân (2) et du juge Imâm ad-Dîn al-Qazwînî, et ordonnant que lui et le juge Ibn Ṣaṣrā soient transférés en Égypte. Tous deux prirent aussitôt la poste vers l’Égypte.
Une foule de disciples accompagna le shaykh ; ils pleuraient et craignaient pour lui à cause de ses ennemis. Le vice-sultan al-Afram (3) lui conseilla de renoncer au voyage en déclarant : « J’écrirai au sultan et réglerai les affaires. » Le shaykh refusa, affirmant qu’il y avait dans son déplacement en Égypte un grand intérêt et de nombreux bénéfices.
Lorsqu’il se mit en route, les gens se pressèrent pour lui faire leurs adieux et le voir ; la foule s’étendit de la porte de sa demeure jusqu’aux abords du pont, entre Damas et al-Kiswah : certains pleuraient, d’autres étaient affligés, tandis que d’autres encore assistaient en simples curieux, promeneurs ou se bousculaient avec excès.
Le samedi, le shaykh Taqî ad-Dîn entra à Ghazza où il tint, dans sa grande mosquée, une assemblée importante. Puis tous deux gagnèrent Le Caire, les cœurs l’accompagnant et suspendus à lui, et ils entrèrent en Égypte le lundi 22 Ramaḍân ; d’aucuns dirent qu’ils y pénétrèrent le jeudi.
Le vendredi, après la prière, un conseil fut réuni pour le shaykh à la Citadelle ; y assistaient les juges et les grands de l’État. Il voulut parler comme à son habitude, mais ne put développer son exposé. On lui dépêcha alors Shams Ibn ʿAdnân comme contradicteur « à titre d’iḥtisâb ». Celui-ci l’accusa devant Ibn Makhlûf, le mâlikite, en prétendant qu’il affirmait : « Allâh est réellement au-dessus du Trône et Il parle avec des lettres et une voix. »
Le juge l’invita à répondre ; le shaykh commença par louer Allâh et Le glorifier. On lui lança : « Réponds ! Nous ne t’avons pas amené ici pour prêcher. » Il demanda : « Qui est mon juge ? » — « Le juge mâlikite », lui répondit-on. Le shaykh dit alors : « Comment peux-tu me juger alors que tu es mon adversaire ? » Ibn Makhlûf entra dans une grande colère, se troubla, et un ordre fut donné contre le shaykh ; on l’incarcéra quelques jours dans une tour, puis, la nuit de la fête, on le transféra au cachot nommé al-Jubb (4), avec ses deux frères (5) : Sharaf ad-Dîn ʿAbd Allâh et Zayn ad-Dîn ʿAbd ar-Raḥmân.