Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Le mobile de ces réunions fut une lettre parvenue du sultan à ce sujet ; l’instigateur de son envoi fut le juge mâlikite Ibn Makhlûf (1), le shaykh Naṣr al-Manbijî (2), maître du ǧašankîr (3), ainsi que d’autres ennemis du shaykh. En effet, le shaykh Taqî ad-Dîn Ibn Taymiyya s’exprimait au sujet d’al-Manbijî et l’accusait d’adopter les doctrines d’Ibn ʿArabî. [Par ailleurs, plusieurs fuqahâʾ enviaient le shaykh Taqî ad-Dîn en raison de la faveur dont il jouissait auprès du pouvoir, de l’exclusivité avec laquelle il pratiquait l’Ordre du bien et l’Interdiction du blâmable, de l’obéissance et de l’affection que lui portaient les gens, du grand nombre de ses disciples, de sa défense de la vérité, ainsi que de l’alliance entre sa science et sa pratique] (4).

Il s’ensuivit à Damas un grand trouble et du désordre durant l’absence du vice-roi (5). Le juge convoqua plusieurs disciples du shaykh, en châtia certains, puis il advint que le shaykh Ǧamâl ad-Dîn al-Mizzî (6), le hâfiẓ, lut un passage de la « Réfutation des ǧahmiyyah » tiré du livre « Aʿmâl al-ʿIbâd » d’al-Bukhârî, sous la Coupole de l’Aigle (8), après la lecture usuelle du « Miʿâd d’al-Bukhârî » tenue à l’occasion de la prière pour la pluie. Certains fuqahâʾ présents s’en indignèrent et le dénoncèrent au juge šâfiʿite Ibn Ṣaṣrâ, ennemi déclaré du shaykh ; al-Mizzî fut alors incarcéré. La nouvelle parvint au shaykh Taqî ad-Dîn, qui en fut peiné ; il se rendit à la prison, le libéra lui-même, puis alla au palais où se trouvait le juge. Une discussion s’engagea entre eux à propos du shaykh Ǧamâl ad-Dîn al-Mizzî. Ibn Ṣaṣrâ jura qu’il le ferait retourner en prison ou se démettrait de sa charge. Pour apaiser le juge, le vice-roi ordonna qu’on le réincarcère ; on le garda chez lui, à la Qûsiyya, durant quelques jours, puis on le relâcha.

Lorsque le vice-roi revint, le shaykh Taqî ad-Dîn lui exposa ce qui s’était passé à son encontre et à l’encontre de ses disciples durant son absence. Le vice-roi en fut attristé et proclama dans la ville qu’il était interdit à quiconque de s’exprimer sur les questions de dogme ; quiconque y reviendrait verrait ses biens et son sang déclarés licites, et sa maison ainsi que sa boutique livrées au pillage (9). Les choses se calmèrent alors.

J’ai consulté un passage, rédigé par le shaykh Taqî ad-Dîn, décrivant la manière dont se déroulèrent les discussions au cours de ces trois séances.

La troisième séance se tint ensuite le septième jour de Šaʿbân, au palais ; l’assemblée se mit d’accord pour agréer l’exposé doctrinal mentionné. Ce jour-là, Ibn Ṣaṣrâ se démit de la fonction de juge, à cause d’une parole qu’il avait entendue de la part de certains assistés.

(1) Seront mentionnés dans les biographies de l'année 718 de l'Hégire. (2) Seront mentionnés dans les biographies de l'année 719 de l'Hégire. (3) Le sultan al-Muẓaffar Baybars al-Jāshankīr. Serait mentionné dans les biographies de l'année 709 de l'Hégire. (4) N'y figure pas dans B. (5) Il s'agit d'al-Afram, qui participait au siège du mont al-Kisrawān. (6) Seront mentionnés dans les biographies de l'année 742 de l'Hégire. (7) C'est une secte qui affirme que la foi est une simple connaissance, et que les œuvres ne font pas partie de la foi. Leur attribution à Jihm ibn Ṣafwān al-Samarqandī, tué en 128 de l'Hégire. Voir Mīzān al-Iʿtidāl (1/197). (8) « Qubbat an-Nisr » : la coupole de la mosquée omeyyade, nommée ainsi en raison de sa hauteur remarquable à l'époque. (9) Dans Ṭ : elle est ordonnée.
وكان الحامل على هذه الاجتماعات كتاب ورد من السلطان في ذلك، كان الباعث على إرساله قاضي المالكية ابن مخلوف (١) ، والشيخ نصر المَنْبِجي (٢) شيخ الجاشَنْكير (٣) وغيرهما من أعدائه. وذلك أن الشيخ تقي الدين بن تيمية كان يتكلم في المَنْبِجي وينسبه إلى اعتقاد ابن عربي، [وكان للشيخ تقي الدين من الفقهاء جماعة يحسدونه لتقدُّمه عند الدولة، وانفراده بالأمر بالمعروف والنهي عن المنكر، وطاعة الناس له، ومحبتهم له، وكثرة أتباعه، وقيامه في الحق، وعلمه وعمله] (٤) . ثم وقع بدمشق خبط كثير وتشويش بسبب غيبة نائب السلطنة (٥) . وطلب القاضي جماعة من أصحاب الشيخ، وعزّر بعضهم، ثم اتفق أن الشيخ جمال الدين المِزّي (٦) الحافظ قرأ فصلًا في الرد على الجهمية (٧) من كتاب (أفعال العباد) للبخاري تحت قبة النسر (٨) بعد قراءة ميعاد البخاري بسبب الاستسقاء، فغضب بعض الفقهاء الحاضرين، وشكاه إلى القاضي الشافعي ابن صَصْرَى، وكان عدو الشيخ، فسُجِن المِزّي، فبلغ الشيخ تقي الدين، فتألم لذلك، وذهب إلى السجن، فأخرجه منه بنفسه، وراح إلى القصر فوجد القاضي هنالك، فتقاولا بسبب الشيخ جمال الدين المِزّي، فحلف ابن صَصْرَى لا بد أن يعيده إلى السجن وإلا عَزَل نفسه، فأمر النَّائب بإعادته تطييبًا لقلب القاضي، فحبسه عنده في القُوصيّة أيامًا ثم أطلقه. ولما قدم نائب السلطنة ذكر له الشيخ تقي الدين ما جرى في حقه وحق أصحابه في غيبته، فتألم النائب لذلك، ونادى في البلد أن لا يتكلم أحد في العقائد، ومن عاد إلى تلك حلَّ مالُه ودمُه ونهبت (٩) داره وحانوته. فسكنت الأمور. وقد رأيت فصلًا من كلام الشيخ تقي الدين في كيفية ما وقع في هذه المجالس الثلاثة من المناظرات. ثم عقد المجلس الثالث في يوم سابع شعبان بالقصر، واجتمع الجماعة على الرضى بالعقيدة المذكورة. وفي هذا اليوم عزل ابن صَصْرَى نفسه عن الحكم بسبب كلام سمعه من بعض الحاضرين في
(١) سيأتي في وفيات سنة (٧١٨ هـ). (٢) سيأتي في وفيات سنة (٧١٩ هـ). (٣) الملك المظفّر بِيبَرس الجاشَنكير. سيأتي في وفيات سنة (٧٠٩ هـ). (٤) ليست في ب. (٥) هو الأفرم وكان في حصار جبل الكسروان. (٦) سيأتي في وفيات سنة (٧٤٢ هـ). (٧) هي فرقة تقول: إن الإيمان مجرّدُ المعرفة والأعمال ليست من الإيمان، ونسبتُها إلى جَهْم بن صَفْوان السّمَرْقندي قتل سنة (١٢٨ هـ). ميزان الاعتدال (١/ ١٩٧). (٨) "قبّة النَّسر": قبَّة الجامع الأموي، سميّت بذلك لعلوّها آنذاك عما حولها. (٩) في ط: ورتّبت.

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