Le cinquième jour de Ramaḍān, le shaykh Kamâl ad-Dîn Ibn ach-Charîshî arriva d’Égypte, nanti de la charge de l’Agence du Bayt al-Mâl ; il revêtit la robe d’investiture le vendredi sept Ramaḍān et se présenta auprès d’Ibn Ṣaṣrâ, au « shubbâk al-Kamâlî ».
Le sept Shawwâl, le vizir d’Égypte, Naṣr ad-Dîn Ibn ach-Shaykhî, fut destitué ; son iqṭâ‘ lui fut retiré, des décrets furent promulgués contre lui et il subit des sanctions jusqu’à sa mort, survenue en Dhû al-Qa‘da. La vizirat fut alors confiée à Sa‘d ad-Dîn Muḥammad Ibn Muḥammad Ibn ‘Aṭâ’, qui reçut la robe d’investiture.
Le jeudi vingt-deux Dhû al-Qa‘da, le qâḍî al-quḍât Ǧamâl ad-Dîn az-Zawâwî prononça la mise à mort d’aš-Shams Muḥammad Ibn Ǧamâl ad-Dîn ‘Abd ar-Raḥîm al-Bâǧarbāqî et déclara licite l’effusion de son sang, fût-ce après un repentir ou une profession d’islam, après qu’eut été établi un procès-verbal attestant la mécréance du susnommé. Parmi ceux qui déposèrent contre lui se trouvait le shaykh Maǧd ad-Dîn at-Tûnisî, grammairien chaféite. Al-Bâǧarbāqî s’enfuit alors vers les contrées d’Orient, où il demeura plusieurs années avant de revenir après la mort du juge précité, comme on le verra.
Durant Dhû al-Qa‘da, tandis que le vice-sultan se trouvait à la chasse, une troupe de Bédouins les attaqua de nuit. Les émirs les combattirent et tuèrent environ la moitié des Arabes. Un émir nommé Sayf ad-Dîn Bahâdur Samiz, par mépris pour les Arabes, s’enfonça au cœur de leurs rangs ; l’un d’eux le frappa d’une lance et le tua. Les émirs chargèrent de nouveau, tuèrent encore nombre d’ennemis et capturèrent l’homme qu’ils tenaient pour son meurtrier ; on le crucifia au pied de la citadelle, tandis que l’émir défunt fut inhumé au mausolée de « la Dame ».
Au cours de ce même mois, le shaykh Shams ad-Dîn Ibn an-Naqîb et un groupe de savants critiquèrent les fatwâs émises par le shaykh ‘Alâ’ ad-Dîn Ibn al-‘Aṭṭâr, maître de Dâr al-Ḥadîth an-Nûriyya et de la Qawṣiyya, affirmant qu’elles contrevenaient au madhhab de l’Imâm aš-Shâfi‘î et recelaient de nombreuses confusions. Saisi d’inquiétude, celui-ci se déclara alors ḥanafite, ce qui lui sauva la vie et lui permit de conserver ses fonctions. Lorsque la nouvelle en parvint au vice-sultan, il blâma ceux qui l’avaient taxé d’erreur, émit un ordre à leur encontre ; ils se réconcilièrent ensuite, et le vice-sultan décréta qu’aucune discorde ne devait être attisée entre les juristes.