Il se consacra à la grammaire, à la langue arabe et à la philologie ; il apprit par cœur la poésie des Arabes, si bien qu’il composait des vers d’un raffinement exquis, limpides et remarquables, surtout dans l’éloge et les élégies, plus rarement dans la satire. Il enseigna dans les madrasas de Bosrâ, au lieu-dit « Mab rak an-Nâqah », au nord de la ville, endroit visité par les gens — c’est le fameux « relais de la chamelle » connu de la population, et Allah sait mieux ce qu’il en est de son authenticité.
Il fut ensuite nommé prédicateur du village situé à l’est de Bosrâ. Il adopta le madhhab shâfiʿite et reçut l’enseignement de l’imâm an-Nawawî ainsi que du shaykh Tâj ad-Dîn al-Fazârî ; ce dernier, d’après ce que m’en a rapporté notre maître l’érudit Ibn az-Zamalakânî, l’honorait et le tenait en haute estime. Il demeura à ce poste près de douze ans, puis se transféra à la khatâbah de Mujaydal, le village d’où était originaire — qu’Allah lui fasse miséricorde — ma mère. Il y vécut longtemps, dans l’aisance et la suffisance, tout en consacrant beaucoup de temps à la récitation du Coran.
Son prêche était excellent, il jouissait d’une grande considération auprès des gens ; sa parole avait de l’impact grâce à sa piété, son éloquence, la douceur de sa conversation et l’agrément que l’on trouvait à sa compagnie. Il préférait la résidence dans les campagnes, où il trouvait facilité et subsistance licite pour lui et sa famille.
De son épouse — ma mère — et d’une précédente, il eut plusieurs enfants : l’aîné, Ismâʿîl, puis Yûnus et Idrîs ; ensuite, de ma mère, ʿAbd al-Wahhâb, ʿAbd al-ʿAzîz, Muhammad, ainsi que plusieurs sœurs. Je fus le benjamin. On me nomma Ismâʿîl en souvenir de mon frère Ismâʿîl, qui, après avoir mémorisé le Coran auprès de notre père, était parti à Damas, y avait étudié une Introduction de grammaire, mémorisé « at-Tanbîh » avec son commentaire auprès du savant Tâj ad-Dîn al-Fazârî, et acquis « al-Muntakhab » en usûl al-fiqh, ainsi que me l’a raconté notre maître Ibn az-Zamalakânî. Puis il tomba du toit de la madrasa Shâmiyyah Barâniyyah ; après quelques jours, il décéda. Mon père en conçut une profonde affliction et le pleura dans de nombreux poèmes. Lorsque je naquis par la suite, il me conféra son nom : ainsi, son premier fils s’appelait Ismâʿîl et le dernier, le plus jeune, se nomme également Ismâʿîl. Qu’Allah fasse miséricorde à ceux qui nous ont précédés et qu’Il nous accorde à tous une bonne fin.