Vers la fin de l’année, survint la mort de Ghâzân(1) et la désignation de son frère Khurabandâ pour lui succéder. Il s’agit du souverain tatar Qâzân, de son nom Maḥmûd ibn Arghûn ibn Abaghâ, décédé le quatorzième – ou le onzième, ou le treizième – de Shawwâl, près de Hamadân. Sa dépouille fut transférée dans son mausolée de Tabrîz(2), en un lieu appelé al-Shâm. Certains rapportent qu’il serait mort empoisonné.
Après lui, le trône revint à son frère Khurabandâ(3) Muḥammad ibn Arghûn, auquel on donna le titre de « roi Ghiyâth ad-Dîn ». La khuṭbah fut prononcée en son nom sur les chaires d’Irak, du Khorâsân et des contrées environnantes(4).
Cette année-là, l’émir Sayf ad-Dîn Sallâr, vice-roi d’Égypte(5), accomplit le pèlerinage. Quarante émirs l’accompagnaient, ainsi que tous les fils des émirs. Le ministre d’Égypte, l’émir ‘Izz ad-Dîn al-Baghdâdî, effectua également le ḥajj et laissa sa charge, à la Birka(6), à Nāṣir ad-Dîn Muḥammad ash-Shaykhî. Sallâr partit avec un faste considérable, tandis que l’émir chargé du convoi égyptien était al-Ḥâjj Ibâq al-Ḥasâmî. Le shaykh Ṣafî ad-Dîn(7) renonça à la dignité de « shaykh al-shuyûkh », qui fut confiée au qâḍî Taqî ad-Dîn(8) ‘Abd al-Karîm, fils du qâḍî al-quḍât Muḥyî ad-Dîn ibn az-Zakî. Il se présenta à la khanqâh le vendredi vingt-et-un(9) de Dhû l-Qa‘dah, en présence d’Ibn Ṣaṣrâ, d’‘Izz ad-Dîn al-Qalânsî, d’aṣ-Ṣâḥib Ibn Muyassar, du muḥtasib et d’un groupe de notables.
Au cours de Dhû l-Qa‘dah arriva également, venant des rangs tatars, un grand commandant qui avait pris la fuite vers les terres de l’islam : l’émir Badr ad-Dîn Jankalî ibn al-Bâbâ(10), accompagné d’une dizaine d’hommes. Ils assistèrent à la prière du vendredi dans la grande mosquée, puis se rendirent en Égypte. On l’y honora et on lui conféra le commandement d’un millier de cavaliers. Il résidait auparavant à Âmid, et conseillait le sultan, correspondait avec lui et l’informait des failles des Tatars(11). De ce fait, son prestige grandit au sein de l’État an-Nāṣirî.