Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

La localité d’al-Kuswa (1), où se trouvaient également les juges, fut alors le point de rassemblement. La population se divisa en deux camps :

– Un premier groupe affirmait : « Ils ne font que partir afin de choisir un emplacement pour le combat, car le marj est parcouru de nombreuses eaux qui empêchent d’y livrer bataille. »
– Un second groupe soutenait au contraire : « Ils se sont dirigés de ce côté pour s’enfuir et rejoindre le sultan. »

Lorsque vint la nuit du jeudi, ils marchèrent en direction d’al-Kuswa, si bien que les soupçons de la population quant à leur fuite s’accrurent. Les Tatars, en effet, étaient déjà parvenus à Qāra (2) – d’aucuns disaient même jusqu’à al-Qutayyifa – et les gens en furent profondément bouleversés. Plus âme qui vive ne demeura autour des villages et des bourgades ; la citadelle et la ville se remplirent, les maisons et les rues se trouvèrent bondées, et la population fut gagnée par le désordre.

Le shaykh Taqiyy ad-Dîn Ibn Taymiyya sortit, à grand-peine, le jeudi matin susmentionné par la porte an-Naṣr, accompagné d’un groupe déterminé à assister personnellement au combat. On crut alors qu’il ne partait que pour fuir, et certains le blâmèrent en ces termes : « Tu nous as interdit de prendre la fuite, et te voilà qui abandonnes la ville ! » Il ne leur répondit pas. La ville demeura sans gouverneur ; les voleurs et les vauriens y semèrent la corruption, saccageant les jardins, pillant tout ce qu’ils pouvaient : ils coupaient les abricots avant leur maturité, les fèves, le blé et toutes sortes de légumes.

Les habitants furent privés de toute nouvelle de l’armée et les routes menant à al-Kuswa se trouvèrent coupées. L’effroi se répandit sur la ville et les campagnes : les gens ne faisaient que monter sur les minarets pour scruter l’horizon à droite et à gauche, vers la direction d’al-Kuswa. Tantôt ils disaient : « Nous avons aperçu un nuage de poussière », redoutant qu’il ne fût soulevé par les Tatars. Ils s’étonnaient que l’armée, malgré son grand nombre et l’excellence de son équipement, eût disparu : où était-elle donc allée ? Ils ignoraient ce qu’Allâh avait décrété à son sujet. Tout espoir semblait perdu et l’on redoubla d’invocations, de supplications et de prières en toute circonstance.

C’était le jeudi vingt-neuvième de Sha‘bân ; la peur et la terreur étaient indescriptibles. Pourtant, le soulagement était proche, mais la plupart ne le savaient pas, comme il est rapporté dans le hadith d’Abû Razîn (6) : « Ton Seigneur S’étonne du désespoir de Ses serviteurs alors que Sa délivrance est proche ; Il vous observe accablés et désespérés, et Il ne cesse de rire, sachant que votre soulagement est imminent. »

Vers la fin de cette même journée, l’émir Fakhr ad-Dîn Iyâs al-Marqabî (8), l’un des émirs de Damas, arriva et annonça la bonne nouvelle à la population

(1) «Al-Kuswa» : une ville connue sur la route de Damas à Deraa, située à environ 20 km au sud de Damas. Il est dit qu'elle a été nommée ainsi parce que les Ghassanides auraient tué les envoyés du roi des Romains venus pour percevoir la jizya, et qu'ils ont partagé leurs vêtements. Voir Yāqūt. (2) Qāra : une ville sur la route de Damas à Homs, située à environ 100 km au nord de Damas. (3) N'existe pas dans B., T. (4) Dans B., T. : Jās. (5) Dans B., T. : lā yufliḥūn (ils ne réussiront pas). (6) Il s'agit d'Abū Razīn al-ʿUqaylī. (7) Rapporté par Aḥmad (4/11), n° 16145, et Ibn Mājah, n° 181, dans l’introduction, chapitre : sur la réfutation des Jahmiyyah ; son texte est : « Ḍaḥika rabbunā … ghayruhu » (Notre Seigneur a ri… d’un autre). Il existe une suite différente de celle rapportée ici par l’auteur, avec une chaîne de transmission faible. Dans la Nihāyah d’Ibn al-ʿAthīr (1/46) : « ʿAjaba rabbukum min azlakum wa qanūṭikum » (Votre Seigneur s’étonna de votre impiété et de votre désespoir), ainsi rapporté dans certaines versions, et la forme connue est « ʼllikum ». Ce qui se trouve dans La Cagoule de l’Averti dans l’exégèse des mots rares d’Ibn Qudāmah al-Maqdisī, édité par notre estimé ami Dr. ʿAlī Ḥusayn al-Bawwāb (p. 44) ; « ʼllikum » signifie l’élévation de vos voix par la supplication, ce qui me semble le plus approprié ici. (8) Il est aussi appelé ʼIyāz, tué en 750 de l’Hégire, et son histoire sera évoquée plus tard.
الكُسْوَة (١) ، ومعهم القضاة، فصار الناس فيهم فريقين: فريق يقولون: إنما ساروا ليختاروا موضعًا للقتال، فإن المرج فيه مياه كثيرة فلا يستطيعون معها القتال، وقال فريق: إنّما ساروا إلى تلك الجهة ليهربوا وليلحقوا بالسلطان. فلما كانت ليلة الخميس ساروا إلى ناحية الكُسْوَة فقويت ظنون الناس في هربهم، وقد وصلت التتار إلى قَارَةَ (٢) ، وقيل: إنهم وصلوا إلى القُطَيِّفة، فانزعج الناس لذلك انزعاجًا (٣) شديدًا، ولم يبق حول القرى والحواضر أحد، وامتلأت القلعة والبلد، وازدحمت المنازل والطرقات، واضطرب الناس، وخرج الشيخ تقي الدين بن تيمية صبيحة يوم الخميس من الشهر المذكور من باب النصر بمَشَقَّةٍ كبيرة، وصحِبته جماعة ليشهد القتالَ بنفسه ومن معه، فظنُّوا أنَّه إنَّما خرج هاربًا فحصل اللَّومُ من بعض الناس، وقالوا: أنت منعتنا من الجَفَل، وها أنت هارب من البلد؟ فلم يرد عليهم، وبقي البلد ليس فيه حاكم، وعاثت (٤) اللُّصوص والحرافيش فيه وفي بساتين الناس يخربون وينتهبون ما قدروا عليه، ويقطعون المشمش قبل أوانه والباقلاء والقمح وسائر الخضراوات، وحيل بين الناس وبين خبر الجيش وانقطعت الطرق إلى الكُسْوة، وظهرت الوحشة على البلد والحواضر، وليس للناس شغل غير الصعود إلى المآذن ينظرون يمينًا وشمالًا، وإلى ناحية الكُسْوة فتارة يقولون: رأينا غبرة فيخافون أن تكون من التتر، ويتعجبون من الجيش مع كثرتهم وجودة عدتهم وعددهم، أين ذهبوا؟ فلا يدرون ما فعل الله بهم، فانقطعت الآمال وألح الناس في الدعاء والابتهال وفي الصّلوات وفي كل حال، وذلك يوم الخميس التاسع والعشرين من شعبان، وكان الناس في خوف ورعب لا يعبَّر عنه، لكن كان الفرج من ذلك قريبًا، ولكن أكثرهم لا يعلمون (٥) ، كما جاء في حديث أبي رزين (٦) : "عَجِبَ رَبُّكَ مِنْ قُنُوْطِ عبادِهِ وقُرْبِ غِيَرِهِ ينظر إليكم أَزْلين قنطينَ، فيظَلُّ يضحَكُ يعلم أن فَرَجَكُم قَرِيْبٌ" (٧) . فلما كان آخر هذا اليوم وصل الأمير فخر الدين إياس (٨) المرقبي أحد أمراء دمشق، فبشَّرَ الناس
(١) "الكُسْوة": بلدة معروفة على طريق دمشق درعا، تبعد عن دمشق نحو (٢٠ كم) جنوبًا. وقيل: سميت لذلك لأن غسَّان قتلت بها رسُل ملك الروم لما أتوا إليهم لأخذ الجزية، واقتسمت كسوتهم. ياقوت. (٢) قارة: بلدة على طريق دمشق حمص تبعد نحو (١٠٠ كم) إلى الشمال من دمشق. (٣) ليست في ب، ط. (٤) في ب، ط: جاس. (٥) في ب، ط: لا يفلحون. (٦) هو أبو رزين العقيلي. (٧) أخرجه أحمد (٤/ ١١) رقم (١٦١٤٥)، وابن ماجه رقم (١٨١) في المقدمة، باب: فيما أنكرت الجهمية ولفظه فيه: "ضحك ربنا … غيره". وله تتمة غير التي أوردها المؤلف هاهنا وفي إسناده ضعف. وفي النهاية لابن الأثير (١/ ٤٦): "عجب ربكم من أزْلكم وقنوطكم، هكذا يروى في بعض الطّرق، والمعروف من "إلِّكُم". وهو ما في قنعة الأريب في تفسير الغريب لابن قدامة المقدسي، تحقيق. صديقنا الفاضل د. علي حسين البواب (ص ٤٤) "وإلِّكُم": رفع أصواتكم بالدعاء قلت: وهو الأنسب للمعنى هنا. (٨) ويقال له: إياز، قتل سنة ٧٥٠ هـ وسيأتي في أخبارها.

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