Le Jâchankîr, l’émir Ḥusâm ad-Dîn Lâjîn, connu sous le nom d’al-Istâdâr al-Manṣûrî, ainsi que l’émir Sayf ad-Dîn Karây al-Manṣûrî firent leur entrée. Après eux arriva un autre groupe dans lequel se trouvaient Badr ad-Dîn, commandant des armes, et Aybak al-Khazandâr. Les cœurs se raffermirent et nombre de gens furent rassurés. Néanmoins, un vaste mouvement de panique saisit les habitants d’Alep, de Ḥamâh, de Ḥimṣ et des régions voisines. L’armée d’Alep et de Ḥamâh se replia sur Ḥimṣ, puis, craignant d’être prise de vitesse par les Tatars, se retira encore jusqu’à ce qu’elle campât dans la plaine du Marj, le dimanche 5 Šaʿbân.
Les Tatars atteignirent alors Ḥimṣ et Baʿlabakk et y semèrent la corruption. L’angoisse gagna la population, la frayeur fut extrême, et la ville sombra dans le désarroi du fait du retard du sultan, resté en arrière avec le reste de l’armée.
On se mit à dire : « L’armée du Šâm, même renforcée par ces Égyptiens, est incapable d’affronter les Tatars tant ceux-ci sont nombreux ; la seule voie est de se retirer devant eux étape après étape. » Les rumeurs se multiplièrent. Les émirs se réunirent ce même dimanche sur l’esplanade, jurèrent de rencontrer l’ennemi et s’encouragèrent mutuellement. Un ordre fut proclamé dans la ville : nul ne devait la quitter. Les gens se calmèrent ; les juges s’assirent dans la grande mosquée et firent prêter serment à un groupe de fuqahâ’ et de simples fidèles de combattre.
Le shaykh Taqî ad-Dîn Ibn Taymiyya se rendit alors auprès de l’armée arrivée de Ḥamâh ; il les rejoignit à al-Quṭayfah et leur fit connaître le pacte conclu entre les émirs et la population pour affronter l’ennemi. Ils y consentirent et prêtèrent serment avec eux. Le shaykh Taqî ad-Dîn jurait aux émirs et aux gens : « En cette campagne, vous serez victorieux. »
Les émirs lui disaient : « Dis : in shâ’a Llâh. » Il répondait : « In shâ’a Llâh, à titre d’affirmation et non de simple condition. » Il fondait cette certitude sur plusieurs passages du Livre d’Allâh, notamment Sa parole : « … puis, certes, celui qui est agressé injustement, Allâh le secourra » (al-Ḥajj : 60).
Les gens discutaient de la qualification juridique de ce combat contre les Tatars : de quelle nature était-il, puisque ceux-ci affichent l’islam sans être des rebelles (bughât) à l’égard de l’imâm, n’ayant jamais été soumis à son autorité pour ensuite s’en écarter ?
Le shaykh Taqî ad-Dîn répliqua : « Ils sont de la même espèce que les Khawârij qui se soulevèrent contre ʿAlî et Muʿâwiya, se prétendant plus légitimes qu’eux. Ces gens se croient plus aptes que les musulmans à établir la justice ; ils blâment les musulmans pour les péchés et injustices où ceux-ci se sont engagés, alors qu’eux-mêmes se rendent coupables d’iniquités bien plus graves et démultipliées. » Les savants et la population saisirent alors la réalité de la situation.
Il disait encore aux gens : « Si jamais vous me voyez de ce côté-là, un muṣḥaf sur la tête, tuez-moi. » Cette parole galvanisa les hommes pour le combat contre les Tatars ; leurs cœurs et leurs intentions se fortifièrent — louange à Allâh !
Le 24 Šaʿbân, les troupes du Šâm sortirent et dressèrent leurs campements sur les ponts, du côté de