Quand son peuple vous a demandé de l’aider, cette assistance vous incombait. Comment l’ignoreriez-vous alors que vous êtes ses gouvernants et ses sultans, tandis que ce peuple est sous votre autorité et que vous êtes responsables de lui ? Il raffermit leur courage et leur promit la victoire dans cette campagne ; ils partirent donc pour la Syrie. Lorsque les troupes arrivèrent en Syrie, les habitants en furent extrêmement réjouis, après avoir désespéré de leur propre sort, de celui de leurs familles et de leurs biens. Puis les rumeurs se firent plus insistantes sur l’approche des Tatars, et la nouvelle du retour du sultan en Égypte fut confirmée. Ibn al-Nahhâs, qui administrait la cité, proclama à tous ceux qui pouvaient voyager de ne pas rester à Damas. Les femmes et les enfants se mirent alors à crier ; le peuple connut une grande humiliation, un abattement, fut frappé d’un ébranlement sévère, et les marchés furent fermés. Ils prirent pleinement conscience qu’ils n’avaient d’autre secoureur que Dieu, et que le vice-roi de Syrie, qui l’année précédente bénéficiait de la force du sultan, n’était pas parvenu à affronter l’armée tatare ; que dire alors de sa situation actuelle, sachant qu’il projetait de fuir ?
Et l’on disait : « Il ne reste plus aux gens de Damas qu’à être la proie de l’ennemi. » Beaucoup s’enfermèrent dans la citadelle ; les habitants cessèrent de dormir ou de demeurer en ville, tandis que nombre d’entre eux gagnaient plaines et déserts, emmenant leurs proches – jeunes et vieux – pour s’y réfugier. On annonça : « Que toute personne résolue à combattre rejoigne l’armée, car l’arrivée des Tatars est imminente. » Il ne subsista que peu de notables à Damas. Ibn Jamâ‘a, Al-Harîrî, Ibn Ṣaṣrâ et Ibn Munajjâ s’en allèrent, ayant envoyé leurs familles auparavant en Égypte. Les nouvelles rapportèrent l’arrivée des Tatars à Sarmîn(1). Le cheikh Zayn ad-Dîn al-Fâriqî, le cheikh Ibrâhîm ar-Raqqî, Ibn Qawâm, Charaf ad-Dîn Ibn Taymiyya et Ibn Jubâra(2) rendirent visite au vice-sultan Al-Afram pour affermir sa détermination à affronter l’ennemi. Ils se réunirent avec Muhannâ, émir des Arabes, l’exhortant à combattre ; il leur répondit favorablement et s’engagea à leur obéir. Leurs résolutions s’en virent raffermies. De son côté, Salâr envoya des troupes depuis Damas vers la région d’al-Marj, et tous se préparèrent au combat avec intention sincère.
Puis le cheikh Taqî ad-Dîn Ibn Taymiyya(3) revint d’Égypte le vingt-septième de Jumâdâ I, voyageant en courrier rapide. Il resta huit jours à la citadelle du Caire pour inciter à la guerre sainte et à la sortie contre l’ennemi. Il s’entretint avec le sultan, le vizir et les hauts dignitaires de l’État, qui approuvèrent l’idée de partir au combat. Les prix s’envolèrent considérablement à Damas : deux moutons(4) s’y vendaient cinq cents dirhams, et la situation devint critique. Mais il parvint enfin qu’en raison du faible effectif et de la faiblesse de son armée, le roi des Tatars avait retraversé l’Euphrate pour rentrer chez lui cette année-là. Les cœurs se rasséré-nèrent alors, et la population retrouva son calme, regagnant ses demeures en toute confiance et dans la joie. Quand arriva la confirmation, en Jumâdâ II, que les Tatars ne parviendraient pas jusqu’en Syrie, les gens reprirent courage, et le vice-sultan revint à Damas, après avoir campé dans la plaine d’al-Marj sans interruption durant quatre mois, ce qui constitua l’un des plus grands efforts de défense. Et le peuple rentra dans ses foyers.