Il accomplit toutes les prières, suivi (1) par les imams des mosquées. Les alarmistes colportèrent alors la rumeur selon laquelle les Tatars (2) étaient arrivés à Alep et que le lieutenant d’Alep s’était replié sur Hama. Dans la ville, on annonça aux gens de reprendre courage et de vaquer à leurs occupations, en affirmant que le sultan et les troupes allaient arriver. On abrogea le bureau du « mustakhrij » et ordonna qu’ils fussent établis, mais ils avaient prélevé plus qu’on ne leur avait enjoint, et il restait encore des créances dues par certains habitants (3) qui s’étaient cachés. On leur remit toutefois ce qui restait à payer, sans réclamer ce qui avait déjà été perçu. Il n’y a pas de doute que les conséquences de ces actes sont malheureuses et néfastes, et que ceux qui les ont commis ne réussiront point.
Ensuite, on apprit la nouvelle que le sultan d’Égypte était reparti en direction du Caire (5), après en être sorti pour se rendre en Syrie. La peur grandit alors, la situation s’alourdit et les pluies abondèrent fortement. Les routes devinrent boueuses et les torrents furent tels qu’ils empêchaient toute personne de se déplacer et de voyager. « Nous sommes à Dieu et c’est à Lui que nous faisons retour » (6).
Beaucoup de gens quittèrent la ville, en partant tantôt légèrement équipés, tantôt lourdement chargés, se transportant eux-mêmes avec leurs familles et leurs enfants. Et pourtant, la ville eût été un meilleur refuge pour eux, s’ils l’avaient su. Ils durent porter leurs enfants dans une boue profonde et sous de rudes intempéries, sur des montures et sur leurs épaules. Les bêtes de somme s’étaient affaiblies par manque de fourrage, à cause de la forte pluie, du sol glissant, du froid intense et de la faim, tandis que les moyens se faisaient rares. Il n’y a de force ni de puissance qu’en Dieu.
Ainsi débuta le mois de Jumâdâ al-Ûlâ, alors que les gens demeuraient dans une grande angoisse : le sultan tardait à venir et l’ennemi approchait. Au premier jour de ce même mois – un samedi – le shaykh Taqî al-Dîn Ibn Taymiyya (qu’Allah lui fasse miséricorde) (– qu'Allah lui fasse miséricorde –) se mit en route pour rejoindre le lieutenant de Syrie dans la plaine (al-Marj). Il les encouragea, raffermit leur détermination, apaisa leurs cœurs et leur promit la victoire et le triomphe face à leurs ennemis. Il récita le verset : « Et quiconque châtie [l’ennemi] de la même façon qu’il a été châtié, puis se fait ensuite opprimer, Allah lui apportera certainement Son secours. Vraiment Allah est Indulgent et Pardonneur » (Sourate Al-Hajj, v. 60). Il passa la nuit du dimanche auprès de l’armée, puis retourna à Damas. Le lieutenant et les émirs le prièrent de se rendre au Caire malgré le froid pour presser le sultan de venir. Il se mit donc en route à sa suite, mais le sultan était déjà parvenu sur le littoral. Ibn Taymiyya ne put le rejoindre qu’une fois qu’il était entré au Caire, quand la situation était devenue critique. Il leur recomanda toutefois d’envoyer sans attendre des troupes en Syrie, s’ils tenaient à la défendre.
Il leur déclara en substance : « Si vous avez renoncé à la Syrie et à sa protection, nous y établirons un sultan qui en assurera la sauvegarde et qui en tirera profit dans les temps de paix. » Il insista tant et si bien auprès d’eux qu’ils finirent par dépêcher une armée vers la Syrie. Il ajouta ensuite : « Et quand bien même il serait décrété que vous ne seriez ni gouverneurs ni rois de la Syrie… »