Le quatrième jour de Jumādā al-Ākhir, Qabjaq se mit en route, escorté de ses bannières dans la ville (1), avec la shāwīshiyya devant lui. Il équipa environ (2) mille cavaliers pour se rendre à Khirbat al-Luṣūṣ. Il avança avec la pompe des rois, établissant son autorité sur les provinces, nommant des émirs et faisant promulguer de hauts décrets exécutoires. Il en vint à ressembler à ce que dit le poète (3) dans un vers de rajaz :
« Ô caille (4) chez Maʿmar… désormais l’air est libre pour toi, pond et pépie,
picore autant qu’il te plaît de picorer. »
Par la suite, il se mit à gérer les tavernes (5) et les lieux de débauche, qu’il s’agisse de khānāt ou d’autres établissements. La maison d’Ibn Jarāda, située à l’extérieur de la porte de Tūmā, fut également transformée en taverne et en khān. Cela lui rapportait mille dirhams par jour, ce qui causa plus tard sa perte (6) et effaça sa renommée. Il mit aussi la main sur d’autres revenus, provenant notamment des fondations pieuses (waqf) des médersas et d’ailleurs.
Pendant ce temps, Būlāy revint depuis la région des plaines après y avoir semé le trouble, pillant les contrées et les dévastant, accompagné d’un groupe important de Tatars. Ils avaient détruit plusieurs villages, tué leurs habitants ou réduit une partie d’entre eux en captivité, emportant bon nombre d’enfants. Būlāy leva en outre un nouvel impôt sur Damas. Une troupe sortit de la Citadelle et attaqua un groupe de Tatars, les tua et les dépouilla ; durant l’opération, plusieurs musulmans furent tués également. Ils capturèrent aussi certains individus qui s’étaient rangés auprès des Tatars.
Qabjaq ordonna au prédicateur (khaṭīb) de la ville et à plusieurs notables de se rendre à la Citadelle pour négocier une réconciliation avec son gouverneur. Ils y entrèrent le lundi douzième de Jumādā al-Ākhir et plaidèrent ardemment auprès de lui, mais il ne voulut pas accéder à leur requête. Il agit alors avec brio et distinction, qu’Allah illumine son visage.
Le huitième (7) de Rajab, Qabjaq convoqua les juges et les notables afin qu’ils prêtent serment de loyauté à l’État de Maḥmūd, c’est-à-dire Ghāzān, et ils s’exécutèrent. Ce même jour (8), un lundi, le shaykh Taqī al-Dīn Ibn Taymiyya se rendit au camp de Būlāy pour intercéder en faveur (9) des prisonniers musulmans retenus là-bas. Il parvint à arracher nombre d’entre eux à leurs geôliers (10) et demeura sur place trois jours avant de rentrer.