L’automne, l’entrée dans les territoires égyptiens et leur conquête (1). La citadelle leur échappa à tel point qu’ils ne purent en atteindre la moindre pierre. Sayf al-Dîn Qabjaq sortit faire ses adieux à Qutlu Shâh, le vice-roi de Ghâzân, et le suivit ; on fit battre les tambours de réjouissance à la citadelle pour célébrer ce départ, sans qu’elle ne fût jamais ouverte. Le lendemain de la sortie de Qabjaq, Arjwâsh envoya un détachement depuis la citadelle jusque dans la mosquée : on y brisa les bois des mangonneaux qui y étaient installés, puis on retourna sans encombre à la citadelle. Ils ramenèrent avec eux un groupe de personnes qui, sous la contrainte, s’étaient associées aux Tatars, parmi lesquelles le shérif al-Qummî, à savoir Shams al-Dîn Muhammad ibn Muhammad ibn Ahmad ibn Abî al-Qâsim al-Murtadâ al-‘Alawî.
Des émissaires de Qabjaq arrivèrent à Damas et y proclamèrent : « Réjouissez-vous (2), ouvrez vos boutiques et préparez-vous, car demain viendra le sultan du Shâm, Sayf al-Dîn Qabjaq. » Les habitants sortirent alors à leurs places habituelles et purent constater l’étendue des dégâts et de la ruine. Les notables de la ville furent libérés des lourdes taxes qu’ils avaient longtemps endurées.
Le shaykh ‘Alam al-Dîn al-Barzalî raconte : « Le shaykh Wajîh al-Dîn ibn al-Munajjâ m’a rapporté qu’il envoya à la trésorerie de Ghâzân trois millions six cent mille (3 600 000) dirhams, sans compter ce qui fut perdu à cause des impôts spéciaux (tarsîm), des pots-de-vin et ce que d’autres émirs et vizirs s’approprièrent. Le “Shaykh al-Mashâyikh” empocha environ six cent mille dirhams, al-Asîl ibn al-Nasîr al-Tûsî cent mille, et al-Safî al-Sakhâwî (3) quatre-vingt mille.
Sayf al-Dîn Qabjaq revint à Damas le jeudi, après midi, le vingt-cinquième de Jumâdâ al-Ulâ, accompagné d’al-Albakî et d’un groupe d’hommes. Des sabres dégainés précédaient leur cortège, et il portait sur la tête un turban. Il s’installa au palais, et l’on proclama alors dans la ville (4) : « C’est Qabjaq, votre gouverneur, qui est revenu : ouvrez vos boutiques (5), reprenez vos activités (6) et que personne ne s’aventure inconsidérément en ces temps difficiles. » Les prix étaient alors exorbitants : le sac de céréales valait près de quatre cents, la viande se vendait à près de dix dirhams la livre, le pain à deux dirhams et demi la livre, dix mesures de farine (7) à presque quarante, le fromage se négociait à un dirham l’once (9) et les œufs à raison de cinq pour un dirham. À la fin du mois, la situation s’améliora.
Vers la fin du mois, Qabjaq ordonna aux gens de quitter la ville pour regagner leurs villages. Il enjoignit un groupe à se joindre à lui et de nombreux soldats rallièrent son camp. Les rumeurs se multiplièrent à son sujet, son importance grandit, et des tambours de réjouissance retentirent dans la citadelle ainsi qu’à la porte de Qabjaq un vendredi.