La peur fut alors extrême, et ils voulurent s’enfuir hors de la ville sans savoir où aller, alors qu’il n’était plus temps de fuir. Plus de dix mille chevaux furent saisis dans la cité. Ensuite, on imposa de fortes sommes d’argent, réparties sur les habitants des marchés, chaque marché selon ses moyens. Il n’y a de force qu’en Dieu.
Les Tatars commencèrent à construire des catapultes dans la mosquée afin de tirer sur la citadelle depuis la cour de la mosquée. Les portes en furent fermées, et les Tatars s’installèrent dans ses salles pour garder les pièces de bois des catapultes, tout en pillant les marchés avoisinants (tels que Bab al-Barīd et d’autres). Arjwāsh mit ensuite le feu aux bâtiments situés autour de la citadelle, parmi lesquels la Dār al-Ḥadīth al-Ashrafiyya et d’autres jusqu’à l’établissement de l’‘Adiliyya al-Kubrā, et il incendia la Dār al-Saʿāda pour empêcher l’ennemi de prendre la citadelle d’en haut. Les habitants demeuraient chez eux pour éviter d’être réquisitionnés afin de combler le fossé. Les rues étaient presque désertes. Personne, ou presque, ne priait à la mosquée, et le vendredi, il était déjà difficile de compléter la première rangée et celle qui la suivait sans de gros efforts. Celui qui quittait sa maison par nécessité revêtait leurs habits, puis rentrait vite chez lui, craignant de ne plus revoir les siens. Les habitants de la ville furent ainsi éprouvés par Dieu par la faim et la peur pour ce qu’ils avaient commis. Nous sommes à Dieu et c’est à Lui que nous retournons.
Les confiscations, les mandats et les châtiments s’abattaient nuit et jour sur les grands notables, leur soutirant d’importantes sommes d’argent et les biens de fondations religieuses, comme ceux de la mosquée et d’autres encore. Puis un décret ordonna de protéger la mosquée, de préserver ses biens de fondation, et de cesser les prélèvements destinés aux arsenaux et aux tailleurs de pierre. Ce décret fut lu après la prière du vendredi, le dix-neuvième jour de Jumādā al-Ūlā, et c’est ce même jour que le sultan Ghāzān se mit en route, laissant ses représentants en Syrie à la tête de soixante mille combattants (en direction de l’Irak). Et l’on reçut son message disant : « Nous avons laissé nos représentants en Syrie avec soixante mille combattants et nous envisageons de revenir en ce pays en temps voulu… »