Les gens et les biens étaient mobilisés pour pourvoir aux dépenses des Tatars.
(1) Le « Cheikh des cheikhs », Nizâm ad-Dîn Maḥmûd ibn ‘Alî ash-Shîbânî, s’installa à la grande madrasa al-‘Ādiliyya. Le samedi, à la mi-Rabî‘ al-Ākhir, les Tatars et le seigneur de Sîs se mirent à piller aṣ-Ṣāliḥiyya. Ils y trouvèrent quantité de provisions, arrachèrent portes et fenêtres, et dévastèrent de nombreux lieux, comme le ribâṭ an-Nâṣirî et d’autres sites remarquables, tels la madrasa aṣ-Ṣāḥibiyya et le maristân de aṣ-Ṣāliḥiyya, sans épargner la mosquée al-Asadiyya, la mosquée Khâtûn ni la Dâr al-Ḥadîth al-Ashrafiyya. La mosquée at-Tawba (Jâmi‘ at-Tawba) dans le quartier al-‘Aqîba fut incendiée.
(2) Cela fut perpétré par les Kurges et les Arméniens, chrétiens alliés aux Tatars – que Dieu les confonde. Ils réduisirent en captivité une multitude d’habitants. La plupart des gens se réfugièrent au ribâṭ des Ḥanbalites, que les Tatars encerclèrent (3). Le Cheikh des cheikhs déjà mentionné le protégea quelque temps, contre rançon, avant que les Tatars n’y fassent finalement irruption (4), emportant comme captives nombre de filles et d’enfants de cheikhs. Nous sommes à Dieu et c’est à Lui que nous retournons.
Quand le couvent (dayr) des Ḥanbalites fut ravagé au deuxième jour de Jumâdâ al-Ūlâ, les envahisseurs massacrèrent quantité d’hommes et capturèrent de nombreuses femmes (5). Le Qâḍî al-quḍât Taqî ad-Dîn subit de graves sévices. On dit qu’ils tuèrent près de quatre cents habitants de aṣ-Ṣāliḥiyya et enlevèrent près de quatre mille captifs. Ils pillèrent de nombreux livres conservés au ribâṭ an-Nâṣirî, au ribâṭ aḍ-Ḍiyâʾiyya ainsi que dans la bibliothèque d’Ibn al-Bazûrî, qui furent revendus bien qu’ils portassent encore l’inscription de leur statut de waqf (6). Ils agirent avec al-Mizza comme avec aṣ-Ṣāliḥiyya, et pareillement avec Dâriyâ (et d’autres lieux). Les gens de Dâriyâ s’étaient barricadés dans la grande mosquée, mais celle-ci fut forcée, beaucoup y furent tués et leurs femmes et enfants furent emmenés comme captifs. Nous sommes à Dieu et c’est à Lui que nous retournons (7).
(8) Le cheikh Ibn Taymiyya partit, accompagné d’un groupe de ses disciples, le jeudi vingt de Rabî‘ al-Ākhir rencontrer le souverain tatar, et revint deux jours plus tard sans avoir pu le voir. Le vizir Sa‘d ad-Dîn et ar-Rashîd, conseiller de l’État muslimânî, fils d’un juif (9), l’en empêchèrent en promettant toutefois de régler l’affaire. Ils prétextèrent que beaucoup de Tatars n’avaient encore rien reçu et qu’il leur fallait nécessairement quelque chose. On colporta alors dans la ville que les Tatars s’apprêtaient à entrer dans Damas, ce qui alarma et effraya la population.