Du côté de l’État (1), le Dīwān al-istikhlāṣ (Bureau de la perception) siégeait alors à la madrasa al-Qaymariyya. Le lundi dixième du mois, Sif al-Dīn Qabjaq (2) al-Manṣūrī arriva et s’installa dans le mīdān (la grande esplanade) tandis que l’armée tatare (3) s’approchait. De nombreux désordres éclatèrent aux abords de la ville, plusieurs personnes furent tuées et les prix augmentèrent sensiblement, rendant la situation extrêmement difficile. Qabjaq envoya un message au gouverneur de la citadelle pour qu’il la remette aux Tatars, mais Arjawāsh refusa fermement. Qabjaq réunit alors les notables de la ville, qui plaidèrent la cause des Tatars auprès de lui, mais il ne leur accorda aucune réponse favorable et tint résolument à ne pas la leur remettre (4). Ibn Taymiyya fit parvenir un message au gouverneur de la citadelle, lui conseillant : « Même s’il n’en reste qu’une seule pierre, ne la leur remets pas si tu le peux. » Cela eut un impact déterminant pour les habitants du Shām, car Dieu leur préserva cette forteresse (6), ce refuge placé par Sa volonté comme un abri pour le Shām (7), lequel demeurera une terre de foi et de sunna jusqu’à la descente de ‘Īsā ibn Maryam – la paix soit sur lui.
Le jour où Qabjaq entra à Damas, le sultan et son lieutenant Salār firent leur entrée au Caire, ainsi que le notifièrent les dépêches envoyées à la citadelle. Des réjouissances eurent lieu (8), ranimant quelque peu le courage des gens, mais la situation restait aussi délicate que le laissent entendre ces vers :
« Comment atteindre Su‘ād quand tant de monts et la mort même nous en séparent ?
Mes pieds sont nus, je n’ai pas de monture,
Ma main est vide et la route est périlleuse. »
Le vendredi 14 Rabī‘ al-Ākhir, la khuṭba fut prononcée à Damas au nom de Ghāzān, en présence des Mongols dans la maqṣūra. On invoqua pour lui depuis la galerie au sortir de la prière, et fut lu l’édit nommant Qabjaq (9) gouverneur de la Syrie (Bilād al-Shām). Les notables allèrent le féliciter, mais il montra une aversion (10) et une grande lassitude face aux Tatars (11). Il se mit ensuite à exiger les montures