Dans cette même année, et il a composé de la poésie exquise, dont al-Barzali a cité dans son «Histoire» (1) les vers suivants, en mètre al-basît :
«Le soleil éveille de nouveau mon désir chaque fois qu’il se lève… vers ton visage, ô toi qui es mon ouïe et ma vue.
Je veille la nuit, laquelle est douce malgré sa solitude… car la douceur de ton souvenir, au cœur de ses ténèbres, anime ma veillée.
Et tout jour qui s’écoule sans te voir… je ne le compte pas au nombre de mes jours vécus.
Ma nuit devient un jour si tu hantes mes pensées… car ton souvenir est la lumière du cœur et de la vue.»
[Ensuite débuta l’année six cent quatre-vingt-dix-neuf.]
Cette année-là, se produisit l’incident de Qâzân. En effet, au début de cette année, le calife et le sultan étaient les mêmes que précédemment (5), de même que le vice-roi d’Égypte, Sallâr, et le vice-roi de Syrie, Aqouch al-Afram (6). Tous les autres gouverneurs étaient également ceux mentionnés l’année précédente.
Les rumeurs d’une avancée des Tatars (7) sur les contrées de Syrie étaient confirmées de toutes parts (8). Les populations prirent une peur extrême, et beaucoup fuirent les régions d’Alep et de Hama. Le prix de location d’un cheval pour se rendre de Hama à Damas atteignit près de deux cents dirhams. Le mardi deux muḥarram, on annonça la bonne nouvelle du départ du sultan d’Égypte (9) en direction de la Syrie. Puis, le vendredi huit rabî‘ al-awwal, le sultan (10) entra dans Damas, sous une pluie battante et au milieu de la boue. Malgré cela, les gens sortirent l’accueillir. Il avait séjourné à Gaza (11) près de deux mois, après avoir appris l’arrivée des Tatars en Syrie (12). Il s’était préparé à cela et était venu jusqu’à Damas où il s’établit (13) à la Târima. La ville fut décorée à son intention, et l’on formula maintes prières en sa faveur. Toutefois, c’était un moment difficile et les conditions étaient rudes.