Le sultan al-Malik al-Mansûr Lâjîn et son lieutenant Saïf ad-Dîn Mankoutamir furent mis à mort dans la nuit du vendredi onzième, par l’émir Saïf ad-Dîn Kurjî al-Ashrafî et ceux qui l’avaient appuyé (parmi les émirs). Cela se produisit alors que le cadi Husâm ad-Dîn al-Hanafî se trouvait en sa présence, tous deux en train de converser. On raconte même qu’ils jouaient aux échecs lorsqu’ils furent surpris par leur arrivée (1). Ceux-ci se précipitèrent sans tarder sur le sultan, la nuit du vendredi, et le tuèrent publiquement. Son lieutenant fut exécuté avec patience au matin du vendredi et jeté sur un tas d’ordures.
Les émirs convinrent alors de rappeler le fils de leur maître, al-Malik an-Nâsir Muhammad ibn Qalâwûn. Ils lui envoyèrent un message alors qu’il se trouvait à al-Karak, et proclamèrent son nom au Caire. On prononça le prône (khutba) pour lui sur les chaires des mosquées avant même son arrivée. Des lettres parvinrent au gouverneur de Syrie, Qabjaq, mais on découvrit qu’il avait déjà fui (2), craignant la vengeance de Lâjîn. Les courriers se mirent en route afin de le rattraper, mais ils ne purent l’atteindre avant qu’il ne se soit réfugié auprès des Mongols (3) près de Ra’s al-‘Ayn (dans la région de Mardin). La situation devint alors irrémédiable, et il n’y a de force qu’en Dieu.
Celui qui se mit en campagne pour les poursuivre et les ramener fut l’émir Saïf ad-Dîn Balabân (4). Les affaires de la ville furent prises en main par le lieutenant de la citadelle, ‘Alam ad-Dîn Arjawâsh (5), et l’émir Saïf ad-Dîn Jâghân (6), qui mirent sous séquestre tout ce qui appartenait à ce régime (7). Parmi eux se trouvait également Jamâl ad-Dîn Yûsuf ar-Rûmî, qui occupait la fonction de muhtasib (surveillant des marchés) de la ville et de directeur du maristan (9). Il fut ensuite libéré après un certain temps, puis rétabli dans ses fonctions (10). On plaça aussi sous séquestre Saïf ad-Dîn Jâghân et Husâm ad-Dîn Lâjîn, le gouverneur de la province, avant de les enfermer dans la citadelle.
Au Caire, l’émir Saïf ad-Dîn Tughjî (11) fut exécuté. Il avait occupé la lieutenance d’an-Nâsir pendant quatre jours, de même que Kurjî, qui avait assassiné Lâjîn ; ils furent tous deux tués et jetés (12) sur des tas d’ordures. Les gens, de toutes classes, s’arrêtèrent pour contempler l’apparence (13) de Tughjî, car il était d’une grande beauté (14). Mais après la gloire, la richesse et la puissance, leur destin les mena à ces lieux funèbres, et l’on ensevelit le sultan Lâjîn, avec, à ses pieds, son lieutenant (et mamlouk) Mankoutamir. Quant aux autres, ils furent inhumés là où ils reposent désormais.