Puis débuta l’année six cent quatre-vingt-dix-huit (698 de l’Hégire). Elle commença alors que le calife abbasside était Al-Hakim, que le sultan du pays était le roi Al-Mansûr Lâjîn, et que son lieutenant en Égypte était son mamelouk Sayf ad-Dîn Mankutamur. Le cadi chaféite était le cheikh Taqî ad-Dîn Ibn Daqîq al-‘Îd, le cadi hanafite Hassâm ad-Dîn ar-Râzî, et le cadi malékite (et hanbalite comme déjà mentionné). Le vice-roi de la Syrie était Sayf ad-Dîn Qabjaq(1) al-Mansûrî. Les cadis de la Syrie étaient les mêmes que ceux cités précédemment, tandis que le vizir était Taqî(2) ad-Dîn Tûba et le prédicateur Badr ad-Dîn Ibn Jamâ‘a(3).
Au cours du mois de Muharram, un groupe de soldats revint des contrées de Sîs à cause de la maladie qui en avait frappé certains. Il arriva alors une lettre du sultan renfermant un ferme reproche et une sévère menace à leur encontre, exigeant que l’armée entière reparte, emmenée par le vice-roi de la sultanat, Qabjaq, dans ces contrées, tandis que l’on érigerait des potences pour quiconque tarderait à rejoindre l’expédition(5), qu’il ait ou non une excuse. Le vice-roi de la sultanat, l’émir Sayf ad-Dîn Qabjaq, quitta donc la ville avec les troupes, et les habitants sortirent pour contempler le défilé militaire, comme il était d’usage. Le vice-roi se présenta avec une magnificence remarquable et un luxe impressionnant, si bien que les gens du commun invoquèrent la bénédiction divine pour lui, car ils l’aimaient. L’armée poursuivit sa route en direction des terres de Sîs.
Lorsque les troupes arrivèrent à Homs, l’émir Sayf ad-Dîn Qabjaq et plusieurs émirs apprirent que l’humeur du sultan avait changé(6) à leur égard à cause des manigances de Mankutamur, et ils surent que le sultan ne s’opposerait pas à lui, tant il lui était attaché. Un groupe d’entre eux convint donc de gagner le territoire des Tatars pour se sauver, et ils partirent de Homs emmenant ceux qui leur obéissaient : Qabjaq, Bazlî(7), Bakhtamur as-Silâhdâr et al-Albakî. Ils continuèrent leur chemin, et la plupart des soldats retournèrent à Damas. Le désordre s’installa et la population regretta la perte de Qabjaq en raison de la qualité de son gouvernement. Ceci eut lieu au mois de Rabî‘ al-Âkhir de cette même année : « Nous appartenons à Dieu et c’est vers Lui que nous retournons. »
Vient ensuite le récit de la mort d’al-Mansûr Lâjîn et du retour du pouvoir(8) à Muhammad ibn Qalâwûn. Le samedi dix-neuf Rabî‘ al-Âkhir, des messagers arrivèrent pour annoncer la nouvelle(9) de l’assassinat du sultan.