La prestation de serment eut lieu conformément à ce qui avait été prescrit. Une lettre du sultan parvint alors, annonçant qu’il s’était assis sur le trône le vendredi dixième de Ṣafar (1) et qu’il avait traversé Le Caire le seizième du même mois dans toute la somptuosité du pouvoir, revêtu de la robe califale, tandis que les émirs se tenaient devant lui [à pied]. Il nomma (2) en Égypte l’émir Shams (3) al-Dīn Sanqar al-Manṣūrī comme lieutenant.
Un sermon fut prononcé au nom d’al-Manṣūr Lājīn à Damas, le premier jour de Rabīʿ al-Awwal, en présence des juges, de Shams al-Dīn al-Aʿsar, de Kujakān, d’Asandamar et d’un groupe d’émirs de Damas. Le juge Imām al-Dīn al-Qazwīnī, Ḥusām al-Dīn al-Ḥanafī et Jamāl al-Dīn al-Mālikī se rendirent en Égypte, réclamés. L’émir Ḥusām al-Dīn, maître de la maison (4) du sultan, arriva avec Sayf al-Dīn Jāghān (5) de la part du sultan, et les émirs prêtèrent une seconde fois serment (6). Ils se rendirent auprès d’al-ʿĀdil dans la citadelle (7), accompagnés du juge Badr al-Dīn Ibn Jamāʿa et de Kujakān, et lui firent prêter des serments solennels après un long échange en turc. Ils lui rappelèrent également en turc (8), lors de la bayʿa, qu’il se satisfaisait de n’importe quelle contrée. Le choix, après le serment, se porta alors sur la forteresse de Ṣarkhad.
Des décrets nommèrent Taqī al-Dīn Tūba comme vizir, et Shihāb al-Dīn al-Ḥanafī fut démis de ses fonctions. La ḥisba fut confiée à Amīn al-Dīn Yūsuf (l’Arménien), surnommé al-Rūmī, allié de Shams al-Dīn al-Aykī, en remplacement de Zayn al-Dīn al-Ḥanafī (9). L’émir Sayf al-Dīn Qubajq al-Manṣūrī entra à Damas pour occuper la lieutenance du Shām au matin du samedi seizième de Rabīʿ al-Awwal et s’installa à la Dār (10) as-Saʿāda, en remplacement de Sayf al-Dīn Gurlu (11) al-ʿĀdalī. Toute l’armée sortit pour l’accueillir. Le vendredi, il se rendit à la maqṣūra pour y prier, et, après la prière, un décret sultanien Ḥusāmī (12) fut lu, annulant les garanties sur les waqfs et les biens immobiliers sans le consentement de leurs propriétaires (13). C’est le juge Muḥyī al-Dīn Ibn Faḍl Allāh, chargé du Dīwān al-Inshāʾ, qui procéda à cette lecture. On proclama alors dans la ville : « Que quiconque a subi une injustice se présente mardi à la Dār al-ʿAdl ! » Des robes d’honneur furent ensuite offertes aux émirs, aux officiers et aux notables