À l’annonce de la nouvelle victoire en Égypte, on sonna les fanfares et orna la ville. On prêcha en son nom sur les chaires, ainsi qu’à Jérusalem et à Hébron, et on lui attribua le titre de « roi victorieux » (al-Malik al-Mansur). De même, on proclama la bonne nouvelle en son honneur à Al-Karak, à Naplouse et à Safed. Un groupe d’émirs de Damas se rendit auprès de lui, et la troupe dépêchée depuis la région d’Ar-Rahba arriva, accompagnée de l’émir Sayf ad-Din Kajkine. Ils n’entrèrent pas dans la ville, mais descendirent au Maydân al-Hasa, manifestant leur opposition à al-‘Adil et leur obéissance à al-Mansur [Lajîn, souverain d’Égypte]. Les émirs allèrent ensuite auprès de lui, les uns après les autres, par vagues successives, si bien que l’autorité d’al-Mansur se renforça tandis que le pouvoir d’al-‘Adil s’affaiblit considérablement.
Voyant ainsi son pouvoir en déclin, al-‘Adil s’adressa aux émirs : « Il est mon khushdachî (compagnon d’armes), lui et moi ne faisons qu’un ; je lui obéis, et je m’assiérai dans la partie de la Citadelle qu’il souhaite, jusqu’à ce que vous correspondiez avec lui pour savoir ce qu’il décide. » Alors arrivèrent des courriers annonçant l’ordre de garder la Citadelle et de surveiller al-‘Adil. Les gens se trouvaient dans une grande confusion, colportant des rumeurs contradictoires. Les portes de la Citadelle restèrent closes, de même que celles de la ville, hormis la porte de Nasr et une petite ouverture. Une foule se pressa autour de la Citadelle au point que certains basculèrent dans le fossé, où quelques-uns trouvèrent la mort.
Au soir du samedi, on proclama publiquement le nom du roi al-Mansur Lajîn, et des fanfares retentirent à cette occasion après la prière de l’après-midi. Les muezzins invoquèrent ensuite son nom à l’aube du dimanche dans la Grande Mosquée de Damas, en récitant ce verset : « Dis : “Ô Dieu, Maître de la royauté, Tu accordes la royauté à qui Tu veux, et Tu l’otes à qui Tu veux ; Tu élèves qui Tu veux, et Tu abaisses qui Tu veux. Le bien est entre Tes mains et Tu es, certes, Omnipotent.” » (Coran 3 : 26).
Le dimanche, la population se réunit avec les juges et les émirs, parmi lesquels se trouvait Gharlo al-‘Adilî, à Dâr as-Sa‘âda. Ils prêtèrent serment d’allégeance à al-Mansur Lajîn. Il en fut fait annonce dans la ville et on autorisa les gens à rouvrir leurs boutiques. Le Ṣâḥib Shihâb ad-Dîn et son frère Zayn ad-Dîn, le muḥtasib (chargé de la police des marchés), s’étaient cachés ; ainsi, le gouverneur Ibn an-Nashâbî assura l’intérim de la ḥisba (contrôle des marchés). Puis Zayn ad-Dîn réapparut et reprit ses fonctions comme à l’accoutumée, imité par son frère Shihâb ad-Dîn. Quant au lieutenant de la ville, Gharlo, et l’émir Jâghân, ils partirent ensuite pour l’Égypte afin d’informer le sultan de ces événements.