Ibn Jamāʿa et Ḥusām ad-Dīn al-Ḥanafī furent convoqués, et l’on renouvela une seconde fois le serment d’allégeance aux émirs, qui prêtèrent donc serment (1). On leur fit revêtir des robes d’honneur, et l’on ordonna de prendre des mesures préventives contre les adjoints de l’émir Ḥusām ad-Dīn Lājīn et contre ses biens. Al-ʿĀdil demeura à la citadelle durant ces jours. Le différend qui survint entre eux eut lieu dans la vallée de Fahma, le lundi huit (2) Muḥarram ; en effet, l’émir Ḥusām ad-Dīn Lājīn s’était secrètement entendu avec un groupe d’émirs contre al-ʿĀdil, obtenant d’eux des garanties. Il conseilla à al-ʿĀdil, au moment où ils quittaient Damas, d’emmener avec lui le trésor afin qu’il ne restât plus à Damas de quoi renforcer al-ʿĀdil si jamais celui-ci échappait à leurs intrigues et retournait à Damas (3). Ce trésor devait également constituer une force pour lui (4) pendant le voyage, conformément à son intention de trahison. Lorsque tous parvinrent à l’endroit mentionné, Lājīn fit tuer l’émir Sayf ad-Dīn Batukhāṣ (5) et Bakūtūt al-Azraq, tous deux partisans d’al-ʿĀdil, puis il s’empara du trésor et de l’armée avant de se diriger vers l’Égypte. Apprenant cela, al-ʿĀdil sortit de sa tente et chevaucha à bride abattue (6) jusqu’à pénétrer dans la ville, comme nous l’avons raconté. Quelques-uns de ses mamelouks, tels Zayn ad-Dīn Ghulbuk et d’autres, revinrent alors vers lui. De son côté, Shihāb ad-Dīn al-Ḥanafī resta à la citadelle pour administrer le royaume.
Le [Shaykh Kamāl ad-Dīn] (7) Ibn ash-Sharīshī dispensa son enseignement à l’école ash-Shāmiyya al-Barāniyya le jeudi matin, premier jour de Ṣafar. Au cours de ces jours, de nombreux événements se succédèrent, et le sultan ne quitta pas (8) la citadelle. Il supprima un grand nombre de taxes, fit rédiger des décrets en ce sens, qui furent lus à la population. Toutefois, les prix flambèrent considérablement, à tel point qu’un sac de blé (9) atteignit deux cents, rendant la situation très difficile et accentuant la gravité de la crise. « Vraiment, à Dieu nous appartenons et c’est vers Lui que nous retournons. »
Mention (10) de l’avènement du sultan al-Malik al-Manṣūr Lājīn as-Silḥadār (11) : après s’être emparé du trésor et avoir conduit les troupes vers l’Égypte, il y entra dans une grande magnificence. La majorité des principaux émirs s’étaient entendus avec lui, lui prêtèrent serment et le proclamèrent leur souverain. Il s’assit sur le trône le vendredi dixième de Ṣafar.