Il s’absenta d’elle, et elle l’aimait d’un amour intense, car l’amour qu’il lui portait tenait lieu pour elle de celui de ses deux parents, puisqu’il n’avait pas de père. Elle ne le quittait ni en voyage ni dans la vie courante.
Ainsi fut-elle telle que l’a décrit un poète :
« Je considérais la séparation d’une heure comme la mort…
Comment donc accepter une séparation dont l’échéance serait le Rassemblement (au Jour du Jugement) ? »
(1) Ishaq ibn Bishr rapporta, d’après Mujahid ibn Jabr, que lorsque les Juifs crucifièrent cet homme qui leur fut rendu semblable — pensant qu’il était le Messie, et que la plupart des chrétiens le crurent également par ignorance —, ils exerçèrent alors leur domination sur ses disciples par le meurtre, les coups et l’emprisonnement. La nouvelle en parvint au souverain des Romains, lequel régnait alors sur Damas.
On l’informa en ces termes : « Les Juifs se sont acharnés sur les disciples d’un homme qui proclamait être l’Envoyé de Dieu, qui ressuscitait les morts, guérissait l’aveugle-né et le lépreux, et accomplissait d’étonnants miracles. Ils se sont rués sur lui, l’ont tué, ont humilié ses disciples et les ont emprisonnés. » Il ordonna qu’on les lui amène, et parmi eux se trouvaient Yahya (Jean) fils de Zakaria, Shama‘oun (Siméon) et d’autres. Il les interrogea sur l’affaire du Messie ; ils l’en informèrent, et il embrassa leur foi. Il rehaussa leur position, la vérité triompha alors des Juifs, et la parole des chrétiens s’éleva au-dessus de celle de ces derniers. Puis il envoya chercher le crucifié pour le détacher de son tronc, et l’on apporta le bois sur lequel cet homme avait été crucifié. Le roi le vénéra (2).
C’est de là que les chrétiens commencèrent à exalter la croix et que le christianisme fit son entrée chez les Romains (3).
Cependant, ce récit soulève plusieurs objections :
Premièrement, Yahya (Jean) fils de Zakaria est un prophète ; il ne peut accepter que le crucifié soit réellement Jésus, car il est infaillible et connaît la vérité des faits.
Deuxièmement, les Romains n’adoptèrent le christianisme que trois cents ans plus tard, à l’époque de Constantin fils de Qustan (4), le fondateur de la cité qui porte son nom, comme nous le mentionnerons.
Troisièmement, lorsqu’ils crucifièrent cet homme et le jetèrent avec le bois, les Juifs transformèrent son emplacement en un dépotoir de détritus, d’impuretés, de cadavres et de rebuts. Il le demeura jusqu’à l’époque de ce Constantin : alors, sa mère, Hélène la Harranienne de Fandaqania, s’employa à l’en sortir, dans la conviction qu’il s’agissait du Christ. Ils trouvèrent aussi le bois sur lequel l’homme avait été crucifié et rapportèrent que celui qui était atteint de quelque infirmité et le touchait se voyait guéri. Dieu seul sait si cela s’est effectivement produit ou non, et s’il en fut ainsi parce que