J – L’État des Mamelouks (656 – 768 H)
Ce troisième volet de « Al-Bidâya wa an-Nihâya » est l’un des plus vastes en termes de durée, le plus volumineux et le plus riche en matière. Il regorge d’événements et de guerres, aussi bien extérieures qu’intérieures, ainsi que de troubles qui ont frappé les musulmans. Il a préservé pour eux l’histoire de huit siècles, incluant toutes sortes de cultures diverses, qu’il s’agisse de hadith, de littérature, de poésie ou de sagesse, sans oublier les connaissances des savants et l’expérience des nations.
Nous attirons particulièrement notre attention sur le premier siècle, où Al-Hâfiẓ Ibn Kathîr a rassemblé sa matière historique à partir des recueils des traditionnistes (muhaddithîn) et des anciens ouvrages d’histoire qui ne nous sont pas parvenus sous forme imprimée. Les opinions et commentaires d’Ibn Kathîr y sont présents et évidents : ils enrichissent ainsi les divers sujets, mettent en lumière la vérité, dévoilent les erreurs et suscitent des sentiments exprimant la position des gens de la Sunna et de la communauté (Ahl as-Sunna wa al-Jamâ‘a).
Ibn Kathîr suit la méthode des annales : il rapporte les événements année par année, chaque année étant scindée en deux parties. Il déclare d’abord : « Puis débuta l’année untel », et recense les guerres extérieures ainsi que les troubles intérieurs. Ensuite, il poursuit : « Parmi ceux qui moururent cette année figurent les personnalités suivantes. » On remarque que ce système annalistique interrompt la narration d’un événement à la fin de l’année, sans le mener à son terme dans l’année où il s’est pourtant déroulé. De plus, à l’époque abbasside, son intérêt pour les phénomènes naturels (séismes, maladies, épidémies, famines, flambées de prix) s’est accru. Il n’a pas hésité non plus à rapporter des faits insolites. Il s’est aussi penché sur les actualités concernant les juges, leur nomination et leur destitution depuis l’époque du sultan adh-Ẓâhir Baybars (658 – 676 H), et sur les écoles, leurs directeurs et leurs professeurs, depuis l’époque du vizir Niẓâm al-Mulk (456 – 485 H).
Dans la rubrique des décès, il dresse les notices biographiques des personnalités et notables : savants, experts en hadith, poètes, littéraires, historiens, émirs, sultans et califes, ou toute personne ayant laissé une influence ou connu la renommée au sein de la société. Par ce rappel, qu’il soit long ou succinct, il leur rend justice tout en préservant leur souvenir et leurs réalisations. Toutefois, d’un point de vue formel, il rompt la continuité chronologique des événements et des faits.
Il s’appuie sur des sources historiques qui l’ont précédé ou qui lui étaient contemporaines, procède à des abrégés et reformule les événements selon le sens, tout en renvoyant aux originaux afin d’éviter de trop s’étendre ou de lasser le lecteur. Il relate l’époque qu’il a lui-même vécue, offrant aux générations postérieures un tableau fidèle du VIIIe siècle de l’hégire où il a passé sa vie.
Le contenu de cette partie est réparti en dix volumes, comme suit :