Vers la fin du mois de Rajab, les émirs prêtèrent serment d’allégeance à l’émir Zayn ad-Dîn Katbgha, conjointement avec le roi An-Nâsir Muhammad ibn Qalâwûn, et ce serment fut diffusé dans toutes les villes et circonscriptions (1).
[Le cas de ʿAsseff le chrétien]
Cet homme, originaire de la région de Shuwaydâ’, fut accusé par plusieurs témoins d’avoir insulté le Prophète (ﷺ). ʿAsseff chercha alors protection auprès de Ibn Aḥmad ibn Ḥajjî, émir de la famille des Âl Mirâ. Le cheikh Taqî ad-Dîn Ibn Taymiyya et le cheikh Zayn ad-Dîn al-Fârqî, responsable de la Dâr al-Ḥadîth (3), se réunirent et se rendirent chez l’émir ʿIzz ad-Dîn Aybak al-Ḥamawî, lieutenant du sultan, afin de plaider sa cause. L’émir accéda à leur requête et ordonna de le faire comparaître. Les deux cheikhs quittèrent alors sa présence, accompagnés d’une foule nombreuse. Lorsque les gens virent ʿAsseff arriver, escorté d’un Arabe, ils l’insultèrent et l’injurièrent. L’homme bédouin qui l’accompagnait déclara : « Il est meilleur que vous », désignant ainsi le chrétien, ce qui poussa la foule à les lapider. Les pierres atteignirent ʿAsseff et le frappèrent durement.
Le lieutenant fit alors convoquer les deux cheikhs, Ibn Taymiyya et al-Fârqî (6), les frappa en sa présence et ordonna leur détention à la ʿAdhrâwiyya. Puis le chrétien fut amené : il se convertit à l’islam et un conseil fut réuni à son sujet. On établit alors l’existence d’une inimitié entre lui et les témoins, de sorte que son sang fut épargné (7). Par la suite, le lieutenant rappela les deux cheikhs, les apaisa et les libéra. Le chrétien gagna alors la région du Hijâz (8), où il fut finalement tué non loin de la ville du Messager de Dieu (ﷺ), et ce par son propre neveu.
À cette occasion, le cheikh Taqî ad-Dîn Ibn Taymiyya composa son ouvrage « As-Sârim al-maslûl ‘alâ shâtim ar-rasûl » (9).
Au mois de Shaʿbân de cette même année, le roi An-Nâsir sortit avec tout l’apparat royal et parcourut (10) le Caire. Ce fut un jour mémorable, marquant sa première sortie publique. Les réjouissances furent proclamées au Shâm (11), et un décret émanant de sa part parvint, qui fut alors lu depuis la chaire.