Les gens le pleurèrent de l’avoir perdu et estimèrent son meurtre immense. C’était un homme vaillant, courageux, d’une grande ambition et d’une belle prestance. Il avait résolu de partir en campagne contre l’Irak afin de reprendre ces contrées aux Tatars. Il se prépara à cette expédition et l’annonça dans ses terres. Pendant son règne, qui dura trois ans, il conquit Acre et toutes ses côtes (1), n’y laissant aux Francs ni édifice ni pierre, et il s’empara de la citadelle des Romains, de Bahasna et d’autres forteresses.
Lorsque la bay‘a (2) pour an-Nâsir parvint à Damas, on y prêcha son nom sur les chaires, et la situation se stabilisa ainsi. L’émir Kitbughâ fut désigné comme atabek et ash-Shujâ‘î en devint le grand conseiller. Quelques jours plus tard, il (3) fut tué dans la citadelle de la Montagne ; on porta sa tête à Kitbughâ, qui ordonna de la faire circuler dans la ville. Les gens s’en réjouirent énormément et offrirent de l’argent à ceux qui la transportaient. Plus personne ne contesta alors l’autorité de Kitbughâ, qui pourtant consulta encore les émirs (4) pour s’assurer de leur adhésion.
Au mois de Safar (5), après la mort d’Ibn as-Sal‘ûs, Badr ad-Dîn Ibn Jamâ‘a fut révoqué de la magistrature et Taqî ad-Dîn Ibn Bint al-A‘azz fut rétabli à ce poste, tandis qu’Ibn Jamâ‘a resta professeur en Égypte, alliant compétences et notoriété.
Le poste de vizir en Égypte fut attribué au sahib Tâj ad-Dîn (6) Ibn al-Hinnâ.
Le mercredi, vingt et un Safar, au moment de la prière de midi, un imâm fut désigné au mihrab des Compagnons : il s’agissait de Kamâl ad-Dîn ‘Abd ar-Rahmân, fils du qâdî Muhyî ad-Dîn Ibn az-Zakî. Il dirigea ensuite la prière qui suivit le prêche. Un imâm fut aussi nommé à l’école (7) de la porte des Nâtifâniyyîn : c’était Diyâ’ ad-Dîn Ibn Burhân ad-Dîn al-Iskandarî. La supervision de la noble mosquée fut confiée à Zayn ad-Dîn Husayn Ibn Muhammad Ibn ‘Adnân. Le marché des marchands de soie retrouva son emplacement d’origine, et on libéra la Qaysariyya du coton (8) où les délégués de Tughjî avaient contraint les commerçants à s’installer.
Le poste de prédicateur (khatîb) de Damas fut confié au shaykh, l’éminent savant Sharaf ad-Dîn Ahmad Ibn Jamâl ad-Dîn Ahmad Ibn Ni‘ma Ibn Ahmad al-Maqdisî, après la destitution de Muwafaq ad-Dîn al-Hamawî (10), qu’on appela à Hama. Al-Maqdisî prononça alors le prêche du vendredi à la mi-Rajab ; son diplôme fut lu à cette occasion, et il fut nommé sur recommandation de Tâj ad-Dîn Ibn al-Hinnâ, le vizir d’Égypte. C’était un orateur éloquent, un homme de savoir accompli et remarquable.