Ensuite, il fut assiégé et s’enfuit à Baalbek, où il fut de nouveau encerclé. Il se soumit alors au service d’al-Ẓāhir (1) qui l’emprisonna un certain temps avant de le libérer, et al-Manṣūr l’emprisonna également un moment avant que l’al-Ashraf ne le relâche, en l’honorant et en le traitant avec respect. Il vécut jusqu’à l’âge de quatre-vingts ans et mourut au cours de cette même année.
[Puis vint l’an six cent quatre-vingt-treize (693).]
Au tout début de cette année, al-Ashraf (2) fut tué. En effet, il était parti à la chasse le troisième jour de muḥarram. Lorsqu’il se trouva sur les terres de Tarūja (3), près d’Alexandrie, le douzième muḥarram, un groupe d’émirs qui s’étaient entendus pour l’assassiner l’attaqua alors qu’il s’était isolé du gros de l’armée. Le premier à l’atteindre fut son lieutenant Baydar (4), puis Lājīn al-Manṣūrī lui porta le coup final. Il se cacha ensuite jusqu’au mois de Ramaḍān, puis réapparut le jour de la fête. Participèrent également au meurtre d’al-Ashraf Badr al-Dīn Baysarī (5) et Shams al-Dīn Qarasunqur al-Manṣūrī. Une fois al-Ashraf tué, les émirs décidèrent d’investir Baydar du pouvoir, le proclamant « roi al-Qāhir » ou « al-Awḥad », mais cela ne se concrétisa pas ; il fut tué (6) le lendemain par ordre de Kitbughā.
Par la suite, Zayn al-Dīn Kitbughā et ʿAlam al-Dīn Sanjar al-Shujāʿī convinrent d’introniser le frère d’al-Ashraf, Muḥammad al-Malik al-Nāṣir ibn Qalāwūn (7), qui était alors âgé de huit ans et quelques mois. Ils l’installèrent sur le trône le quatorzième muḥarram. Le vizir Ibn al-Salʿūs se trouvait à Alexandrie (il avait accompagné le sultan et s’y était rendu avant lui). Il ne s’aperçut pas qu’il était déjà cerné par le malheur et que la punition l’atteignait de toutes parts, car il traitait les grands émirs comme de simples subalternes. Ils le capturèrent, et c’est ash-Shujāʿī qui se chargea de le châtier ; il le fit durement frapper et l’obligea à payer d’importantes sommes. On continua de le tourmenter ainsi jusqu’à sa mort, le dixième ṣafar, après que tous ses biens (9) eurent été saisis.
Le corps d’al-Ashraf fut alors apporté et inhumé dans son propre mausolée, et on en souffrit vivement.