Ordonnez aux disciples de me rejoindre à tel ou tel endroit ; onze d’entre eux s’y rendirent, mais on ne retrouva pas celui qui l’avait vendu et avait indiqué aux Juifs où il se trouvait. Il demanda alors à ses compagnons : « Où est-il ? » Ils répondirent : « Il a regretté son acte, il s’est étranglé et s’est donné la mort. » Il répliqua : « S’il s’était repenti, Dieu lui aurait pardonné. » Puis il les interrogea au sujet d’un jeune homme qui les suivait, appelé Yahyâ (Jean). Il déclara : « Il est avec vous. Allez, car chacun de vous se mettra à parler la langue d’un peuple. Qu’il les avertisse et les invite. »(1)
Cette chaîne de transmission est étrange et étonnante, mais elle est plus authentique que ce qu’ont rapporté les chrétiens (que Dieu les maudisse) lorsqu’ils disent que le Messie serait venu à Marie, tandis qu’elle pleurait assise près d’une souche, lui aurait montré les marques des clous sur son corps, et lui aurait annoncé que son âme avait été élevée et que son corps avait été crucifié. Or ceci est une calomnie, un mensonge, une invention, une altération, un remplacement et un ajout fallacieux à l’Évangile, contraire à la vérité et à ce qu’exige la transmission.(2)
Le hafiz Ibn ʿAsâkir, selon la voie de transmission de Yahyâ ibn Ḥabîb d’après ce qui lui était parvenu, rapporte que sept jours après la crucifixion de celui qui fut crucifié, tandis que Marie pensait qu’il s’agissait de son fils, elle demanda à la maison du roi de faire descendre son corps ; on accéda à sa requête et il fut enterré là-bas. Marie dit alors à la mère de Yahyâ : « Ne voudrais-tu pas que nous allions visiter la tombe du Messie ? » Elles y allèrent. Lorsqu’elles approchèrent de la tombe, Marie demanda à la mère de Yahyâ : « Ne vas-tu pas te couvrir ? » Elle répondit : « De qui devrais-je me cacher ? » Marie dit : « De cet homme qui est près de la tombe. » Alors la mère de Yahyâ répliqua : « Je ne vois personne. » Marie en vint à espérer qu’il s’agissait de Gabriel, car elle ne l’avait pas vu depuis longtemps. Elle la pria de l’attendre et s’avança seule jusqu’à la tombe. Lorsqu’elle en fut proche, Gabriel s’adressa à elle et elle le reconnut. Il lui dit : « Ô Marie, où vas-tu ? » Elle répondit : « Je viens visiter la tombe du Messie pour le saluer et renouveler mes liens avec lui. » Il lui dit : « Ô Marie, ceci n’est pas le Messie. Dieu a certes élevé le Messie et l’a purifié de ceux qui ont mécru. En réalité, c’est ce jeune homme sur qui fut projetée la ressemblance de Jésus ; il fut crucifié et tué à sa place. Le signe en est que ses proches l’ont perdu et ne savent pas ce qu’il est devenu ; ils le pleurent. Lorsque viendra tel jour, rends-toi à telle futaie, et tu y trouveras le Messie. » Il raconta : « Marie repartit auprès de sa sœur, tandis que Gabriel s’élevait au ciel. Elle l’informa alors de ce que Gabriel venait de lui dire au sujet de cette futaie. Le jour venu, elle s’y rendit et y trouva Jésus. À sa vue, il s’empressa vers elle, la serra contre lui, embrassa sa tête, puis se mit à prier pour elle, comme il avait coutume de le faire. Il lui dit : “Ô ma mère, ces gens ne m’ont pas tué, mais Dieu m’a élevé vers Lui et m’a accordé la permission de te rencontrer. Ta mort est proche ; sois donc patiente et invoque souvent Dieu.” Puis Jésus s’éleva, et elle ne le revit plus jamais, hormis cette fois-là, jusqu’à sa propre mort. »
Il dit également : « Il est parvenu à ma connaissance que Marie vécut cinq ans après Jésus et qu’elle mourut à l’âge de cinquante-trois ans (Dieu soit satisfait d’elle). » Al-Ḥasan al-Baṣrî ajouta : « Le jour où il fut élevé, Jésus (paix sur lui) avait trente-quatre ans. »