C’est comme si la poussière soulevée était la nuit et que son tourbillonnement fût semblable à des éclairs, tandis que toi, tu es la pleine lune et l’astre maître de sa sphère.
Une conquête est venue à la suite d’une autre, comme si le ciel venait d’apparaître, égrenant l’une après l’autre ses étoiles étincelantes.
Que de forteresses as-tu foulées, qu’elles y consentent ou s’y opposent, alors que le temps les avait laissées vierges et inaccessibles ! Et tu leur as offert ta détermination : sans la crainte imposée par la pudeur, elles seraient venues à toi en courant, ne réclamant aucune dot.
Tu as visé un sanctuaire dans une forteresse romaine qui n’avait jamais été cédé à quiconque ; ils furent trompés par leurs propres richesses et s’en trouvèrent abusés. Ils leur prêtèrent allégeance en secret pour dissimuler leur tort, et, à la fin, secret et évidence se confondirent. Tu as dirigé contre eux une résolution si puissante que, si tu l’avais retournée contre la mer, le reflux aurait dominé sa marée.
Quant à la forteresse romaine dont tu as remporté la conquête, si monumentale soit-elle, elle n’est qu’un pont menant à d’autres succès plus vastes. Elle préfigure les conquêtes à venir, comme l’aube qui luit à l’horizon avant le lever du soleil. Tu l’as assaillie au matin avec une armée resplendissante telle un jardin en fête, dont les épées étaient rivières et les lances, des fleurs éclatantes.
Tu t’es élancé encore, semblable à la mer dont les sabres sont les vagues, les coursiers rapides, les navires, et les casques, des perles. Puis tu as poursuivi vers l’ouest, pareil à la nuit, dont les sabres recourbés forment les croissants de lune, tandis que les flèches en sont les étoiles étincelantes. Si je me suis trompé, non : c’est plutôt comme le jour, et ses soleils sont ton visage, tandis que les rayons du soir sont tes étendards dorés.
Ce sont des lions venus des Turcs, dont les lances sont les forêts. Chaque jour, ils gravissent de nouveaux sommets de gloire, ajoutant une griffe à leur triomphe. Nulle brise ne passe entre leurs rangs tant ils sont serrés, et aucune goutte ne descend d’en haut sur eux. Ce sont des regards aiguisés, qui, lorsque la guerre acharnée se présente à ceux qui la courtisent au péril de leur vie, ne mettent à son prix nulle rançon. On voit la mort tissée à la pointe de leurs flèches quand l’arc les décoche, dardant un regard farouche.
Sur chaque selle se dresse, gracieux, un rameau de saule, et dans chaque arc se tend un bras aussi radieux que la pleine lune.