Ibn Jarîr rapporta (1) : « Al-Muthannâ nous raconta, qui tenait lui-même d’Isḥâq, qui le tenait d’Ismâ‘îl ibn ‘Abd al-Karîm, lequel me dit qu’Abd aṣ-Ṣamad ibn Ma‘qil lui avait fait savoir qu’il avait entendu Wahb dire : “Lorsque Dieu informa ‘Îsâ ibn Maryam qu’il allait quitter ce monde, il se troubla à l’idée de la mort et s’en trouva accablé. Il appela alors les ḥawâriyyîn (disciples) et leur prépara un repas. Puis il dit : ‘Venez à moi ce soir, car j’ai besoin de vous.’ Quand ils se furent réunis auprès de lui le soir, il les servit en leur offrant un dîner, puis se leva pour les servir. Lorsqu’ils eurent fini de manger, il se mit à leur laver les mains et à leur donner les ablutions de sa propre main (2), et il essuyait leurs mains avec ses vêtements. Ils furent choqués et répugnés à cette idée.
Il leur dit : ‘Que nul d’entre vous ne me refuse ce soir (3) ce que je fais, car quiconque me le refusera ne sera plus des miens, et je ne serai pas des siens.’ Ils le laissèrent donc faire jusqu’à ce qu’il ait achevé. Puis il dit : ‘Pour ce qui est de ce que je vous ai fait ce soir – vous servir au moment du repas et vous laver les mains de ma propre main –, considérez-y un exemple de ma part. Vous voyez que je suis le meilleur d’entre vous, alors que nul parmi vous ne s’élève au-dessus de l’autre. Que chacun se mette au service de l’autre (4) comme je l’ai fait pour vous. Quant au besoin que j’ai ce soir et pour lequel je vous ai sollicités, c’est que vous invoquiez Dieu en ma faveur avec ardeur pour qu’Il retarde l’heure de ma mort.’
Mais lorsqu’ils s’étaient préparés à l’invoquer et qu’ils voulurent vraiment se consacrer à la prière, le sommeil les saisit à tel point qu’ils ne purent même pas prier. Alors ‘Îsâ tentait de les réveiller en disant : ‘Gloire à Dieu, ne pouvez-vous patienter une seule nuit pour m’aider ?’ Ils lui répondirent : ‘Par Dieu, nous ne savons ce qui nous arrive ! Certes, nous avions l’habitude de veiller longtemps à converser, mais cette nuit nous en sommes incapables ; et chaque fois que nous désirons invoquer Dieu, quelque chose nous en empêche !’
Il leur dit alors : ‘Le berger s’en ira et le troupeau se dispersera.’ Il leur tint d’autres propos de ce genre, par lesquels il annonçait sa propre fin. Puis il dit : ‘En vérité, l’un de vous reniera sa foi en moi avant que le coq ne chante trois fois, et l’un de vous me livrera pour quelques pièces d’argent et se nourrira du prix de ma personne.’ Ils sortirent donc et se dispersèrent, et les Juifs se mirent à sa recherche.
Ils saisirent Shim‘ûn, l’un des ḥawâriyyîn, et dirent : ‘Celui-ci est l’un de ses compagnons.’ Il le nia en disant : ‘Je ne suis pas son compagnon.’ Ils le relâchèrent donc. Puis d’autres le rattrapèrent, et il nia de nouveau. Plus tard, il entendit le chant du coq, il se mit à pleurer et en fut affligé. Le matin venu, l’un des disciples se rendit auprès des Juifs et leur demanda : ‘Que me donnerez-vous si je vous conduis au Messie ?’ Ils lui remirent alors trente dirhams. Il les prit et les mena jusqu’à lui. Auparavant, on l’avait trompé à son sujet, alors ils le capturèrent, le ligotèrent et l’attachèrent avec une corde.
Ils le conduisaient en disant : ‘Toi qui ressuscitais les morts, qui repoussais Satan (5) et qui guérissais le possédé, ne peux-tu (6) donc pas te délivrer de cette corde ?’ Ils crachaient sur lui, lui jetaient des épines dessus, jusqu’à ce qu’ils parviennent au bois sur lequel ils voulaient le crucifier. Alors Dieu l’éleva vers Lui et ils crucifièrent une apparence qui leur fut donnée à sa place. Il resta caché pendant sept jours.
Ensuite, sa mère et la femme qu’il avait soignée – et que Dieu avait guérie de la folie – vinrent en pleurant à l’endroit où se trouvait le crucifié. ‘Îsâ s’approcha d’elles et dit : ‘Pourquoi pleurez-vous ?’ Elles répondirent : ‘C’est pour toi que nous pleurons.’ Il leur dit : ‘Dieu m’a élevé auprès de Lui, je n’ai subi que ce qui est bon. En vérité, c’est une apparence qui leur fut présentée.’”»