Al-Tabbâkhî (1) al-Mansûrî et plusieurs autres grands émirs (2) encerclèrent la montagne, au point qu’il ne restait pour ses habitants qu’une issue de ruine (3). Dans la nuit, ils apportèrent un chargement abondant à Baydara, ce qui affaiblit leur cause, puis les troupes se retirèrent et revinrent vers le sultan (4). Le sultan alla à leur rencontre et mit pied à terre devant l’émir (5) Baydara, son lieutenant en Égypte. Alors, Ibn as-Sal‘aous avertit le sultan de l’acte de Baydara, et celui-ci se fit réprimander et blâmer. Cela le rendit si gravement malade qu’on le crut mort (6). Lorsqu’il guérit, il organisa une grande récitation coranique (khatma) dans la mosquée de Damas, à laquelle assistèrent juges et notables. La mosquée fut alors illuminée comme lors de la nuit de la mi-Cha‘bân, et cela se déroula la première décade de Ramaḍân. Le sultan libéra des prisonniers (8), renonça au reste des taxes imposées aux administrateurs des provinces relevant de son autorité et fit de nombreuses aumônes en son nom. Lui-même renonça à plusieurs impositions qu’il avait lourdement exigées (9) de leurs détenteurs.
Quant à ash-Shihâb Maḥmûd (10), il loua le roi al-Ashraf Khalîl pour sa prise de la forteresse des Rûm dans une puissante et remarquable qaṣîda, dont voici les premiers vers (11) — en mètre al-Ṭawîl :
« La bannière jaune t’appartient, précédée par la victoire… Que dirait Kayqabâdh s’il la voyait, ainsi que Kaykhusraw ?
Lorsqu’elle se met à flotter à l’horizon, elle ébranle tout de sa clarté… L’associationnisme s’effondre, la rectitude triomphe, et la frontière resplendit.
Et si elle se déploie comme l’aurore au cœur de la bataille… Son éclat lunaire dissipe la poussière tant sa lumière est vive.
Et si elle vise les ennemis parés de bleu, alors avancent sous elle… Des cohortes verdoyantes dont les branches sont formées d’acier blanc et brun. »