Les Tatars (1). Auparavant, le calife était resté caché aux yeux du peuple, puis on le vit publiquement et il circula ensuite dans les marchés. Les habitants de Damas organisèrent alors une grande lecture (khatma) au Maydân al-Akhdar, à côté du palais al-Ablaq (2). De nombreuses lectures y furent récitées, après quoi le shaykh ‘Izz ad-Dîn al-Fârûthî (3) prit la parole, puis Ibn al-Bazûrî, suivis de tous ceux qui avaient l’habitude de s’exprimer en public. Ensuite, des courriers arrivèrent pour appeler à la préparation d’une campagne contre l’Irak, et la nouvelle fut proclamée parmi la population. De lourdes chaînes furent fabriquées en raison des ponts sur le Tigre à Bagdad. Les récompenses spirituelles furent obtenues pour l’objectif même si celui-ci ne fut pas mené à bien, et certains subirent, du fait de cette situation, quelques désagréments (4).
La même année, le lieutenant de Syrie, ach-Chujâ‘î, proclama qu’aucune femme ne devait porter une grande ‘imâma (turban), puis il fit détruire les constructions situées sur la rivière Bâniyâs, tous les canaux et les postes de garde (5), ainsi que les abreuvoirs sur les cours d’eau. Il détruisit aussi le pont de zalâbiyya et les boutiques qui s’y trouvaient. Il publia un interdit selon lequel nul ne devait marcher dehors après la prière de ‘ishâ. Puis il ne leur laissa que cette permission, et il détruisit le hammam qu’avait fait construire le roi as-Sa‘îd à l’extérieur de Bâb an-Naṣr, lequel était pourtant le plus beau de Damas. Il agrandit encore le Maydân al-Akhdar du côté nord d’environ un sixième, ne laissant entre lui et la rivière qu’une étroite bande de terrain. Lui et les émirs se mirent en personne à l’ouvrage pour élever ses murs (6).
Durant cette même année, [l’émir] Jamâl ad-Dîn Âqûsh al-Afram al-Manṣûrî fut emprisonné, de même qu’un autre émir, dans la citadelle.
La même année encore, l’émir ‘Alam ad-Dîn ad-Dawidârî fut transféré vers les terres d’Égypte, chargé de fers. Le shaykh Shihâb ad-Dîn Maḥmûd (7) composa alors un poème célébrant la conquête de ‘Akka (8) :
[D’après la métrique al-basît]
“Louange à Dieu, l’empire de la Croix s’est éteint (9),
et par les Turcs s’est affermi le credo de l’élu arabe.
Voilà bien ce que les espoirs auraient souhaité (10),
mais qui, même en songe, eussent rougi de demander.
Que reste-t-il après ‘Akka, dont les bases furent démolies,
dans la mer comme pour l’association (11), près de la terre, s’il est quelque profit ?”