En cette année, ash-Sharaf Ḥasan (1), fils du shaykh Abū ‘Umar, assuma la fonction de juge des Hanbalites, en remplacement de son cousin Najm ad-Dīn ibn Shaykh al-Jabal, sur ordonnance du roi al-Manṣūr avant son décès (2).
Cette même année, le pèlerinage fut mené depuis la Syrie par l’émir Badr ad-Dīn Baktūt ad-Dūbāsī (3), accompagné du qāḍī al-quḍāt (grand juge) Shihāb ad-Dīn ibn al-Khuwayyī (4), de Shams ad-Dīn ibn as-Sal‘ūs (5) et, à la tête du convoi, de l’émir ‘Utbah. Or Abū Numay, qui était en inimitié avec ce dernier, se méfia de lui, ferma les portes de La Mecque et empêcha les gens d’y entrer. Il mit alors le feu à la porte, tua plusieurs personnes, pilla certains lieux et il s’ensuivit des événements tragiques. Ils dépêchèrent ensuite le juge Ibn al-Khuwayyī pour rétablir la paix entre les deux parties. Lorsque ce dernier fut arrivé auprès d’Abū Numay, la caravane poursuivit sa route et il demeura seul au sanctuaire. Abū Numay envoya des hommes pour l’escorter sain et sauf en signe d’honneur. La nouvelle de la mort d’al-Manṣūr parvint aux gens alors qu’ils se trouvaient à ‘Arafāt, ce qui est fort étonnant. Une lettre arriva ensuite pour presser le ministre Ibn as-Sal‘ūs de se rendre en terre égyptienne, et l’on pouvait lire entre les lignes, de la main du roi al-Ashraf : « Ô Shaqīr, ô visage de bien, viens prendre en charge le vizirat. » Il se mit alors en route pour Le Caire, y parvint le mardi 10 Muḥarram et assuma le poste de vizir selon la volonté du sultan.
[Parmi les notables décédés cette année figurent :]
Le sultan al-Malik al-Manṣūr Qalāwūn (6) ibn ‘Abd Allāh at-Turki aṣ-Ṣāliḥī al-Alfī, que le roi aṣ-Ṣāliḥ Najm ad-Dīn Ayyūb fils (du roi) al-Kāmil Muḥammad ibn al-‘Ādil (Abū Bakr ibn Ayyūb) acheta pour mille (7) dinars. Il fut l’un des plus éminents émirs sous son règne et après lui. Lorsque (le roi) as-Sa‘īd ibn aẓ-ẓāhir épousa sa fille Ghāziyah Khātūn, son prestige grandit considérablement (auprès de aẓ-ẓāhir). Il ne cessa de s’élever dans l’appareil de l’État jusqu’à devenir atābak de Sulāmaq (fils de aẓ-ẓāhir). Puis il l’écarta et s’empara de la souveraineté en [l’an soixante-dix-huit, vainquit les Tatars à Ḥimṣ en l’an quatre-vingt — ce qui le rendit cher au peuple —, conquit al-Marqab] en l’an quatre-vingt-quatre et prit Tripoli en l’an quatre-vingt-huit. Il se prépara à conquérir ‘Akkā (Saint-Jean d’Acre) et partit en campagne contre elle, mais la mort le surprit le 26 Dhū al-Qa‘dah. Il fut enterré dans son mausolée, érigé dans sa majestueuse école entre les deux palais, sans égale ni en Égypte ni en Syrie. Celle-ci comprend une dār ḥadīth (maison d’enseignement du hadith) et un maristān (hôpital), dotés de riches fondations (awqāf).