Le courrier arriva avec la demande de faire venir Shams ad-Dîn Sanqar al-Achqar en terre d’Égypte. Le sultan l’honora, le renforça et raffermit son autorité, tout en lui ordonnant de recouvrer les sommes dues. Il lui conféra également la charge du commandement des armées et l’examen des forteresses jusqu’à al-Bīra et Khatta, entre autres. Son assurance grandit et son arrogance s’accrut, mais il conservait une certaine noblesse et discrétion, et rendait service à ceux qui se rattachaient à lui (ce ne sont là que des épanchements d’amitié dans ce monde pour quelques jours seulement).
Au cours du mois de Jumādā al-Ākhirah, un courrier arriva pour enquêter sur Nāṣir ad-Dīn al-Maqdisī, administrateur du Trésor (Bayt al-Māl) et inspecteur des biens privés (an-Nāẓir al-Khāṣṣ). On mit alors au jour des abus dont il s’était rendu coupable, notamment le prélèvement sur les fonds des fondations pieuses (awqāf) et autres. Il fut placé sous surveillance à l’école al-ʿAdhrāwiyya, sommé de restituer ces sommes et soumis à de fortes pressions. Sayf ad-Dīn Abū al-ʿAbbās as-Samarrī composa contre lui un poème où il trouvait réparation après les injustices et vexations que cet homme lui avait infligées, même s’ils s’étaient rencontrés et avaient échangé plaisanteries et confidences. Plus tard, un courrier exigea qu’il fût convoqué en Égypte, ce qui effraya les ṭuwwābs (représentants) de crainte de ses interventions et de sa nocivité. Or, le vendredi (troisième jour de Shaʿbān), on le trouva pendu à l’école al-ʿAdhrāwiyya. Les juges et les témoins furent mandés pour le constater ; on prépara sa dépouille, on pria sur lui après la prière du vendredi et il fut enterré auprès de son père dans le cimetière des soufis. Il avait été enseignant à l’école ar-Rawāḥiyya et à la fondation de la mère d’aṣ-Ṣāliḥ, en plus de ses fonctions d’administrateur et d’agent du Trésor.
Un autre courrier parvint alors, ordonnant la construction de mangonneaux en vue du siège d’Acre. L’émissaire surnommé al-Aʿsar se rendit dans la région de Baalbek, où se trouvent de grands bois introuvables à Damas et convenant parfaitement à cet usage. S’ensuivirent de nombreux abus, des levées de taxes et des corvées, imposant un lourd fardeau à la population.