On s’empara alors des trésors et des provisions. Cette place était aux mains des Francs depuis l’an cinq cent trois (de l’Hégire) jusqu’à cette date, alors qu’auparavant, elle appartenait aux musulmans depuis l’époque de Muʿāwiya. En effet, Sufyān b. Mujīb l’avait conquise pour Muʿāwiya, qui y avait installé une population juive. Plus tard, ʿAbd al-Malik b. Marwān en renouvela la construction, la fortifia et y établit les musulmans. Elle devint sûre (prospère et paisible), et l’on y trouvait des fruits issus du Shām et d’Égypte – tels que des noix, des bananes, de la neige, de la canne à sucre – tandis que des eaux courantes s’élevaient jusque dans des endroits en hauteur. Auparavant, elle consistait en trois villes proches les unes des autres, puis elles formèrent une seule cité, avant d’être déplacée de son emplacement, ainsi qu’il sera expliqué plus loin.
Lorsque la bonne nouvelle parvint à Damas, on sonna les réjouissances, la cité fut ornée et la population s’en réjouit grandement ; louange à Dieu et reconnaissance envers Lui. Puis le sultan, le roi al-Malik al-Manṣūr Qalāwūn, ordonna la destruction de la ville avec tous ses édifices, ses demeures et ses murailles (solides), et qu’on en bâtît une autre, à environ un mille de là, plus forte et plus belle. C’est ainsi que fut fondée la cité que l’on appelle désormais Tripoli (Ṭarābulus) ; que Dieu, exalté soit-Il, en fasse une demeure de sûreté et de foi.
Une fois la conquête de Tripoli achevée, le sultan retourna à Damas, soutenu, victorieux, joyeux et rayonnant. Il y entra au milieu de Jumādā al-Ākhirah, mais il remit la gestion des affaires, notamment financières, à ʿAlam al-Dīn ash-Shujāʿī. Celui-ci imposa des prélèvements à certains et rassembla d’importantes sommes d’argent, causant ainsi du tort à la population. Quel acte détestable ! Car cela ne fait qu’accélérer la ruine et la perte de l’oppresseur. D’ailleurs, ce qu’ash-Shujāʿī avait amassé pour al-Manṣūr ne lui fut d’aucune utilité : le sultan ne vécut plus guère après cela, et Dieu le saisit comme Il saisit les cités injustes, ainsi que nous le verrons.
Ensuite, le sultan partit le deuxième jour de Shaʿbān avec ses troupes en direction des contrées égyptiennes, où il arriva à la fin de Shaʿbān. Au cours de cette même année, de nombreuses forteresses furent conquises dans la région d’Alep et de Karkar, ainsi que dans d’autres contrées voisines, et un groupe de Tatars fut défait.