Depuis Le Caire, il fut chargé de l'administration du Trésor public (Bayt al-Mâl) et de la supervision des biens de mainmorte (awqâf), ainsi que de la gestion des propriétés privées, disposant d’actes d’investiture et de robes d’honneur. Les gens affluèrent donc à sa porte, il prit en main diverses affaires et fit du tort à la population (1). Son investiture fut acquise par l’intermédiaire de l’émir ‘Alam al-Dîn al-Shujâ‘î, personnage influent dans les territoires égyptiens, qui intercéda auprès de lui par le biais du shaykh Shams al-Dîn al-Aykî (2) et d’Ibn al-Wahîd (3), le secrétaire, tous deux jouissant d’une certaine considération à ses yeux. Il convoqua un groupe de notables damascènes au début de cette année en Égypte pour leur réclamer de fortes sommes d’argent, chacun cherchant alors à se dérober à cette demande en comptant sur les autres. (C’est ce qui allégera la punition de ceux qui les opprimaient ; sans quoi, s’ils avaient fait preuve de patience, le châtiment de l’oppresseur serait venu promptement et ce qu’ils redoutaient aurait disparu rapidement.)
Lorsque Ibn al-Maqdisî arriva à Damas, il exerça son jugement au mausolée de la mère d’al-Sâliḥ. Les gens allaient et venaient auprès de lui, redoutant les maux qu’il pouvait leur causer. Il ordonna la construction d’une bâshûra à Bâb al-Farâdîs ainsi que des tribunes à Bâb al-Sâ‘ât pour les témoins, renouvela et rehaussa la porte nord de Bâb al-Jâbiya, qui était trop basse, puis répara le pont situé en dessous. Il fit de même pour le pont de Bâb al-Farâdîs, sous la suwayqa qu’il avait réaménagée des deux côtés. Parmi ses meilleures réalisations figurent ces travaux, mais il causait aussi bien des torts (4) à la population, se montrant injuste et tyrannique, et il ouvrait contre les gens des voies (d’injustice) inutiles.
Le dixième jour de Jumâdâ al-Ûlâ, arrivèrent également d’Égypte le juge suprême (Qâdî al-qudât) Husâm al-Dîn al-Hanafî, le ministre (sâhib) Taqî al-Dîn Tûba al-Tikrîtî (5), ainsi que Qâdî al-qudât Jamâl al-Dîn Muhammad ibn Sulaymân al-Zawwâwî (6) de rite mâlikite. Il fut nommé au poste de juge pour les Mâlikites, poste demeuré vacant à Damas durant trois ans et demi. Il releva le prestige de sa fonction (7), dispensa un enseignement et donna de l’élan à cette école juridique, gagnant ainsi notoriété et respect.
Dans la nuit du vendredi 4 Sha‘bân, le sultan (8) al-Sâliḥ ‘Alâ’ al-Dîn (9), fils du roi al-Mansûr Qalâwûn, décéda à al-Sanṭâriyya. Son père en éprouva une grande peine. Il avait jadis confié le pouvoir à son fils et fait prononcer son nom sur les chaires (10) depuis plusieurs années. Il l’enterra dans son propre mausolée et transmit par la suite la succession à son autre fils, al-Ashraf Khalîl, [et il en rédigea l’acte].