Cette année-là, le roi al-Mansour (1) fit escorter toutes les femmes, les enfants et les serviteurs de la famille du roi al-Zahir, des terres d’Égypte jusqu’à al-Karak, afin qu’ils soient placés sous la protection du roi al-Mas‘oud Khidr ibn al-Zahir.
[Parmi les notables décédés cette année]
Abgha (2), roi des Tatars, fils de Houlagou Khan (3), lui-même fils de Tolui, fils de Gengis. Il se distingua par une ambition élevée et une grande perspicacité, doué d’opinion et de sagacité politiques. Il vécut jusqu’à l’âge de cinquante ans, et régna pendant dix-huit années. Après la mort de son père, nul ne l’égala en sens du gouvernement et en fermeté de décision. La bataille de Homs ne fut point menée de son propre chef ni selon son avis ; c’est plutôt son frère Munkotemur qui la souhaita, et Abgha ne s’y opposa pas. J’ai lu dans certains ouvrages de chroniqueurs bagdadiens (4) que la venue de Munkotemur en Syrie avait été suscitée par des lettres de Sunqur al-Ashqar, mais Dieu seul le sait. Abgha s’était lui-même avancé près de l’Euphrate pour observer l’évolution de la situation (5). Lorsque les événements prirent la tournure que l’on sait, il en fut profondément affligé et mourut de chagrin. Son décès survint entre les deux fêtes de cette même année, et son fils, le sultan Ahmad, lui succéda.
Le cadi des cadis (6) Najm ad-Din Abou Bakr [Mohammad] (7) Ibn Qadi al-Qoudat Sadr ad-Din Ahmad Ibn Qadi al-Qoudat Shams ad-Din Yahya Ibn Hibat Allah Ibn al-Hassan Ibn Yahya Ibn Mohammad Ibn Ali, de rite chaféite, descendant de Sani ad-Dawla, vit également sa mort consignée cette année. Né en 616 de l’Hégire, il étudia le hadith et excella dans la jurisprudence, assurant la suppléance de son père au tribunal ; il fut loué pour sa bonne conduite. Par la suite, il exerça la magistrature sous l’autorité de l’émir al-Muzaffar et en fut aussi félicité. Le cheikh Shihab ad-Din s’en prenait souvent à lui et à son père.
Al-Barzali déclara à son sujet : « Il se montra rigoureux dans ses jugements, s’efforçant de rendre la justice dans ses moindres détails. » On l’obligea à séjourner au Caire, où il dispensa un enseignement dans la grande mosquée de la ville, puis il retourna à Damas et y donna des cours dans les madrasas al-Aminiyya et al-Rukniyya. Il exerça ensuite la charge de juge à Alep, revint à Damas (8) et fut nommé cadi par Sanjar.