Lorsque le secours (نجدة) arriva pour se mettre à son service, le sultan l’honora, le respecta et lui prépara des lieux de résidence. Toutes les armées se rassemblèrent alors auprès du roi al-Mansur, résolues à affronter l’ennemi sans faillir et avec sincérité. Après le départ du roi (1), les gens se réunirent dans la grande mosquée de Damas et déposèrent devant eux le Coran ‘uthmânien (2). Ils invoquèrent Dieu exalté soit-Il pour qu’Il accorde la victoire à l’islam et à ses fidèles contre les ennemis. Ils sortirent ainsi, portant le Coran au-dessus de leurs têtes jusqu’à l’oratoire, tout en priant, suppliant et pleurant (3).
Les Tatars avancèrent peu à peu et, lorsqu’ils atteignirent Hama (4), ils incendièrent le verger du roi, son palais et les habitations qui s’y trouvaient. Le sultan al-Mansur demeurait en campement à Homs, entouré de troupes (5) composées de Turcs, de Turkmènes et d’autres encore, formant une immense armée (6). Les Tatars arrivèrent en effet au nombre d’environ cent mille combattants, voire davantage. « Nous sommes à Dieu et c’est vers Lui que nous retournons, il n’est de force ni de puissance qu’en Dieu. »
[La bataille de Homs]
Le jeudi quatorzième de Rajab, les deux armées se rencontrèrent et prirent position l’une face à l’autre aux premières lueurs de l’aube. Le camp des Tatars (7) comptait cent mille cavaliers, tandis que celui des musulmans en comptait environ la moitié, ou un peu plus. Tous se trouvaient entre le sanctuaire de Khâlid ibn al-Walîd et ar-Rastan. Ils engagèrent un combat violent comme on n’en avait pas vu depuis bien longtemps : au début de la journée, les Tatars prirent l’avantage, brisèrent l’aile gauche et ébranlèrent également l’aile droite. Que Dieu soit notre soutien.
Ils rompirent (8) ensuite l’aile gauche du centre, tandis que le sultan (9) tint fermement sa position, entouré de très peu d’hommes, avec une détermination extraordinaire. Une grande partie de l’armée musulmane s’était déjà dispersée, et les Tatars poursuivirent les fuyards jusqu’à la région du lac de Homs, puis jusqu’à la ville même de Homs (10), dont les portes étaient closes. Ils y tuèrent nombre de civils et d’autres personnes, et les musulmans furent sur le point de subir un désastre majeur (11). C’est alors que les plus grands émirs, réputés pour leur bravoure et leur hardiesse, se concertèrent ensemble, tels Sunqur al-Ashqar, Baysarâ (12) et Taybars (13).