Les affaires prirent cette tournure, et les grands émirs s’éloignèrent alors de lui. Un groupe parmi eux s’irrita, le combattit, le quitta et s’établit sur la route des armées qui se dirigeaient vers Sîs et d’autres lieux. Lorsque les armées revinrent vers eux et se réunirent, ils dressèrent leurs cœurs contre le roi as-Sa‘îd et suscitèrent la défiance du reste des troupes à son égard. Ils déclarèrent : « Il ne convient pas qu'un roi s’adonne au jeu et au divertissement ; l’objectif des rois est plutôt la justice, la préservation de l’au-delà et la défense de leur domaine, comme le faisait son père. » Ils ne mentaient pas dans ce qu’ils disaient : en effet, le fait que les rois, les émirs ou d’autres se livrent au jeu est le signe de la disparition des bienfaits, de la ruine du royaume et de la corruption de la population.
Ensuite, l’armée lui envoya un message pour qu’il écarte de lui les khâṣṣikiyya (la garde rapprochée) et qu’il rapproche les hommes doués de discernement et de raison, comme le faisait son père. Il ne s’y résolut pas, car il n’en avait pas la possibilité en raison de la force et du nombre des khâṣṣikiyya. L’armée partit alors à cheval et se dirigea vers Marj aṣ-Ṣuffar ; elle ne put traverser Damas et contourna la ville par l’est. Lorsqu’ils furent tous réunis à Marj aṣ-Ṣuffar, le sultan envoya sa mère à leur rencontre. Ils l’accueillirent en lui rendant les égards d’usage et elle chercha à les rallier et à apaiser la situation. Ils répondirent positivement, à condition d’imposer certaines exigences à l’égard de son fils, le sultan. Cependant, de retour auprès de lui, il ne les mit pas en œuvre, et la khâṣṣikiyya ne le lui permit pas.
L’armée se rendit alors en Égypte, et le sultan la pourchassa pour tenter de régler la situation avant que celle-ci ne s’aggrave et ne dégénère. Il ne put les rejoindre et ils arrivèrent avant lui au Caire. Lui-même avait envoyé ses enfants, sa famille et son convoi à al-Karak, où ils s’étaient fortifiés. Il partit ensuite, accompagné d’une partie de l’armée qui était restée à ses côtés ainsi que de la khâṣṣikiyya, en direction du territoire égyptien. À son approche, ils l’en empêchèrent et livrèrent bataille ; un petit nombre de combattants furent tués des deux côtés. L’un des émirs le prit alors avec lui, perça les rangs et l’introduisit dans la citadelle de la Montagne (Qal‘at al-Jabal) pour apaiser la situation, mais cela ne fit qu’accroître l’hostilité à son égard. Ils assiégèrent dès lors la citadelle, en coupèrent l’eau, et de sérieuses difficultés survinrent. Finalement, un accord fut conclu par la suite avec l’émir Sayf ad-Dîn Qalâwûn al-Alfî aṣ-Ṣâlihî – celui-là même vers qui tous les regards se tournaient alors.