Né à Erbil en l’an six cent deux (de l’Hégire), il s’installa ensuite à Damas, où il étudia à l’école al-Qaymaziyya. Il y demeura jusqu’à son décès, survenu dans la nuit du vendredi douzième de Rabiʿ al-Ākhir. Il fut inhumé dans le cimetière des soufis. Il excellait en grammaire et en langue et possédait un grand talent poétique : il laissa derrière lui un recueil de poèmes renommé et des vers raffinés. Parmi ses vers, on relève les suivants (de la mesure « khafîf ») :
(1)
« Tout être vivant finit par trouver refuge dans la mort,
et la durée de sa vie s’évanouit rapidement.
(2)
Puis, hors de sa tombe, il sera ressuscité, isolé,
se tenant seul pour rendre pleinement compte de ses actes.
(3)
Un conducteur et un témoin l’accompagneront ;
hélas, pourtant, c’est l’avidité qui le domine.
(4)
Il détruit la demeure vouée à la pérennité,
puis bâtit ce dont la ruine imminente n’est que proche.
(5)
Quelle ironie ! Plongé désormais dans la poussière,
comment ses parfums et ses atours peuvent-ils encore le distraire ?
(6)
Chaque jour, sa perte grandit, même si ses membres et ses biens augmentent.
(7)
Les hommes ne sont que passagers sur le chemin du temps,
progressant sans cesse, sans aucun espoir de retour.
(8)
Prépare ta provision, car la piété est le meilleur viatique,
et l’homme avisé en saisit la substance véritable.
(9)
L’homme de raison est celui dont la vieillesse comme la jeunesse
sont vouées à la sincérité et à la droiture.
(10)
Quant à l’ignorant, il savoure les plaisirs de l’âme ;
bientôt, son malheur lui paraît être un breuvage doux comme le miel. »
(1) A, B : al-Qaymaziyya. Le terme s’écrit sous les deux formes. Elle fut construite par Ṣārim al-Dīn Qaymāz al-Najmī, décédé en 596 de l’Hégire, qui était chargé des affaires de Ṣalāḥ al-Dīn. Elle se situait à l’est de la citadelle mais elle a été étudiée et ses vestiges ont disparu. Ses informations se trouvent dans al-Dāris (1/572), Mukhtaṣar Tanbīh al-Ṭālib (104) et Munādamat al-Aṭlāl (168).
(2) B : Il avait une main forte (c’est-à-dire une grande influence ou autorité).
(3) Les vers sont en annexe de al-Mirʾāh (30/388-394) au sein d’un poème composé de 114 vers.
(4) Le vers porte uniquement sur A. Il n’apparaît pas dans l’annexe de al-Mirʾāh.
(5) Ce vers est le deuxième dans le poème de l’annexe, mais il n’apparaît pas dans Ṭ.
(6) A : Ensuite on construit bientôt, B : Et elle est construite bientôt, Ṭ : Ensuite il construit bientôt, et dans l’annexe : Il répète ce qui est bientôt la ruine ; elle comporte une altération qu’il faut corriger.
(7) Dans B : Ṭayyibah wa Sulābah, dans Ṭ : Ṭayyibah wa ʿIlābah, dans A : Ṭayyibah wa Ṭalābah. La version du vers dans l’annexe :
« C’est un type de parfum comme le khulūq … comment le distraire son parfum et son manteau »
Le vers est de métrique irrégulière. Il semble que l’explication du vers ait été mélangée car al-Milāb – comme la pluie – est un parfum. (Al-Qāmūs, « milab »).
(8) Dans l’annexe : Khallat awṣālah awṣābah (formule variant).
(9) A : wa-l-wara barājl ; ce qui ne convient pas sur le plan métrique.
(10) Dans l’annexe : Wa yuṣību al-labīb fī lubābih.
(11) A : ʿUmruhu fī mashībihi wa shabābih, Ṭ : Shaybatuhu fī ṣalāḥihi wa shabābih, qui est de métrique irrégulière.
(12) A : Fayaghdū sahlan ʿalayhi miṣābah, dans l’annexe : Fayaghdū shahdan ladayhi iṣābah, ce qui est une altération dont l’éditeur a essayé la correction en marge : « Apparemment : ṣābah ». Il n’a cependant pas relevé la métrique.