Parmi les notables décédés cette année figure Aqouch (1) ibn ‘Abd Allâh, le grand émir Jamâl ad-Dîn an-Najîbî, Abû Sa‘îd as-Sâlihî. Le roi Najm ad-Dîn Ayyûb ibn al-Kâmil l’affranchit et le compta parmi les plus hauts dignitaires, le nommant maître de sa maison. Il lui faisait confiance (2) et s’en remettait à lui. Il était né en l’an 609 ou 610 de l’Hégire. Le sultan al-Malik az-Zâhir le nomma également maître de sa maison, puis le désigna comme son lieutenant en Syrie pendant neuf ans. C’est à cette période qu’il édifia la madrasah an-Najîbiyyah et l’agrémenta d’importantes dotations, mais il n’attribua pas aux ayants droit une part proportionnelle aux revenus de la fondation (3). Le sultan le démit ensuite de ses fonctions et le rappela en Égypte (4), où il vécut un certain temps sans emploi.
Il fut atteint de paralysie pendant quatre ans, durant lesquels le sultan az-Zâhir le visita à plusieurs reprises. Il demeura dans cet état jusqu’à son décès, survenu dans la nuit du vendredi 5 Rabî‘ al-Âkhir, au Caire, dans sa demeure de Darb al-Mulûkhiyyah. Son inhumation eut lieu le vendredi avant la prière, dans son mausolée qu’il avait fait construire au cimetière de la Petite Qarâfah. Il s’était aussi bâti un tombeau dans le quartier an-Najîbiyyah (5) et y avait ouvert deux fenêtres donnant sur la voie publique, mais il ne fut pas destiné à y être enterré.
Il était généreux en aumônes, affectionnait les savants et les traitait avec bienveillance. Son dogme était sain, il appartenait à l’école shâfi‘ite, était très attaché à la sunna, aimait les Compagnons et avait une grande aversion pour les Râfidites (chiites). Parmi ses éminentes fondations, on compte le verger et les terres (6) qu’il voua à l’entretien des ponts situés au sud de la mosquée Karîm ad-Dîn, ainsi qu’un grand nombre d’autres dotations. Il confia la supervision de ses fondations (7) à Ibn Khallikân.
Quant à Aydakin ibn ‘Abd Allâh (8), l’éminent émir ‘Alâ’ ad-Dîn ash-Shihâbî, il fut le fondateur de la khânqâh ash-Shihâbiyyah, à l’intérieur de Bâb al-Faraj. (9) Il comptait parmi les grands émirs de Damas et (10) az-Zâhir le nomma gouverneur (niyâbah) à Alep pendant un certain temps. Il fut l’un des meilleurs émirs.