Après la mort du chaféite – dont on dit qu’il fut empoisonné et mourut ainsi –, l’autorité du roi as-Saʿīd se défit et ses affaires se troublèrent.
Vint ensuite le juge al-Muḍāh, Šams ad-Dīn al-Ḥanbalī (1), Muḥammad fils du šaykh al-ʿImād Abū Isḥāq Ibrāhīm ibn ʿAbd al-Wāḥid ibn ʿAlī ibn Surūr al-Maqdisī. Il fut le premier à occuper la fonction de juge hanbalite en terre d’Égypte. Il écouta des hadiths en présence (2) d’Ibn Ṭabarzad et d’autres, puis se rendit à Bagdad pour étudier la jurisprudence (fiqh). Il se distingua dans de nombreuses disciplines et dirigea la madrasa Saʿīd as-Suʿadāʾ. C’était un šaykh imposant, aux cheveux blancs respectables, très humble, bienfaisant et généreux en aumônes. Lorsqu’il accepta la fonction de juge, il posa comme condition de ne recevoir aucun salaire (ǧāmikiyya), afin de rendre la justice avec équité parmi les gens.
Al-Ẓāhir le révoqua (3) de son poste en l’an soixante-dix et l’emprisonna au sujet de certains dépôts qui se trouvaient en sa garde, puis le libéra deux ans plus tard. Il se retira alors chez lui et se consacra à l’enseignement dans la madrasa aṣ-Ṣāliḥiyya, jusqu’à son décès à la fin du mois de Muḥarram. Il fut inhumé auprès de son oncle (4), le ḥāfiẓ ʿAbd al-Ġanī, au pied du mont al-Muqattam, et il avait accordé son autorisation (iğāza) à al-Barzalī.
Le ḥāfiẓ al-Barzalī dit : « Le samedi (5), douzième jour de Rabīʿ al-Awwal, nous parvint la nouvelle de la mort de six émirs d’Égypte : Sunqur al-Baġdādī, Basṭā (6) al-Baladī at-Tatarī, Badr ad-Dīn al-Wazīrī, Sunqur ar-Rūmī (7), et Āq Sunqur al-Fāriqānī (8). Qu’Allah leur fasse miséricorde. »
Le šaykh Khiḍr al-Kurdī (9), maître d’al-Malik aẓ-Ẓāhir, se nommait Khiḍr ibn Abī Bakr ibn Mūsā al-Kurdī an-Nahrawānī al-ʿAdawī. On dit qu’il était originaire du village d’al-Muḥammadiyya sur l’île d’Ibn ʿUmar. On lui attribuait des révélations et des états mystiques, mais lorsqu’il se mêla aux gens, il fut séduit par certaines filles des émirs. Il annonçait au sujet d’al-Malik aẓ-Ẓāhir, alors simple émir, qu’il régnerait un jour. C’est pourquoi, une fois devenu roi, al-Malik aẓ-Ẓāhir le tenait en haute estime et l’entourait d’honneurs avec une grande déférence, allant même jusqu’à descendre et séjourner chez lui (10).