Il laissa dix enfants : trois garçons et sept (1) filles, et il mourut alors qu’il était âgé d’environ cinquante à soixante ans.
Il avait établi des fondations pieuses (awqâf), des prières et des aumônes ; puisse Dieu accepter ses bonnes actions et lui pardonner ses péchés, et Dieu, Exalté soit-Il, sait parfaitement toute chose.
Après lui, son fils, appelé [al-Malik] as-Sa‘îd, accéda au pouvoir par la bay‘a (allégeance) que son père lui avait faite de son vivant. À l’époque, as-Sa‘îd n’avait pas vingt ans et il était d’une grande beauté et d’une remarquable prestance.
Au mois de Safar, des présents envoyés par al-Funs (2) parvinrent en Égypte avec ses émissaires. Ils trouvèrent alors que le sultan était décédé et que son fils, al-Malik as-Sa‘îd, avait été instauré à sa place. L’État n’en fut pas changé et son adhésion à ce nouveau règne ne fut pas remise en cause ; toutefois, le pays avait perdu son lion, et même son plus valeureux lion, celui qui avait atteint sa pleine vigueur. Chaque fois qu’une brèche s’ouvrait dans le rempart de l’islam, il la colmatait ; et chaque fois qu’un lien de la résolution se dénouait, il le resserrait. Chaque fois qu’une faction déviante parmi les troupes égarées tentait de pénétrer dans le domaine de l’islam, il la repoussait et la rejetait. Que Dieu lui soit clément, qu’Il abreuve de Sa miséricorde sa dépouille et que le Paradis soit sa destination et son séjour.
Les armées syriennes s’étaient mises en route vers l’Égypte, emportant avec elles une litière pour faire croire que le sultan y était alité, jusqu’à ce qu’elles atteignent Le Caire. Elles renouvelèrent alors la bay‘a en faveur d’as-Sa‘îd, après avoir annoncé la mort du roi juste (5), lequel, s’Il le veut, est martyr.
Le vendredi 27 Safar, le prêche fut prononcé dans toutes les mosquées d’Égypte au nom d’al-Malik as-Sa‘îd, et on accomplit la prière funéraire en hommage à son père, le roi az-Zâhir, tandis que ses yeux s’emplirent de larmes (6).
À la mi-Rabî‘ al-Awwal, le roi as-Sa‘îd sortit coiffé de turbans comme à son habitude, précédé de l’armée au complet, à la fois égyptienne et syrienne, jusqu’à gagner le Jaball al-Ahmar (Mont Rouge). Les gens s’en réjouirent vivement, car il n’avait alors que dix-neuf ans, mais portait déjà avec éclat l’autorité royale et la dignité de la sultanat.
Le lundi 4 Jumâdâ al-Ûlâ, on inaugura la madrasa de l’émir Shams ad-Dîn Âq-Sunqur al-Fâraqânî au Caire, dans le quartier d’al-Wazîriyya, selon le rite d’Abû Hanîfa (7). On y institua une chaire pour l’enseignement du hadith et un lecteur. Puis, le lendemain, on conclut le contrat du fils