Il offrit alors des robes d’honneur (khilʿa) aux émirs et aux détenteurs de charges, et le nombre total de ces robes distribuées au Caire atteignit mille trois cents. Ses décrets parvinrent également en Syrie pour y remettre des robes aux notables locaux. Le sultan organisa un grand banquet auquel participèrent tant les intimes que la foule, ceux qui étaient présents et ceux qui arrivaient de partout. Il y retint les émissaires tatars et les émissaires francs, tous revêtus de robes somptueuses, et ce fut un événement mémorable. Le seigneur de Ḥamā transporta de somptueux présents et se rendit en Égypte pour adresser ses félicitations.
Le onzième jour de Shawwāl, on fit procession avec le Maḥmal et le revêtement (kiswa) de la Kaʿba sacrée dans le Caire, et ce fut une journée solennelle.
[La bataille d’al-Balastīn et la conquête de Qaysarīyya]
Le sultan partit d’Égypte à la tête de ses armées et entra dans Damas le dix-sept Shawwāl, où il séjourna trois jours. Puis il poursuivit sa route jusqu’à Alep, où il arriva au premier jour de Dhu al-Qaʿda. Il y resta une journée et ordonna au gouverneur d’Alep de cantonner l’armée de cette ville le long de l’Euphrate afin de protéger les terres avoisinantes. Le sultan reprit ensuite sa marche et franchit le Darband (1) en une demi-journée.
En chemin, Sanqar al-Ashqar tomba sur trois mille Mongols et les défit le jeudi neuvième Dhu al-Qaʿda. L’armée gravit ensuite les montagnes jusqu’à surplomber la plaine d’al-Balastīn, où elle constata que les Tatars avaient rangé leur armée forte de onze mille combattants. Ils écartèrent de leurs rangs les troupes des Rūm par crainte de trahison. Lorsque les deux camps se firent face, l’aile gauche des Tatars mena la charge et heurta les bannières du sultan ; une partie d’entre eux s’infiltra en y ouvrant une brèche et se dirigea vers l’aile droite. Voyant cela, le sultan renforça aussitôt les lignes musulmanes de sa propre personne et, se retournant, il constata que l’aile gauche était sur le point de céder. Il ordonna alors à un groupe d’émirs de lui porter secours. Puis il conduisit avec toute l’armée (2) une charge unique contre les Tatars, qui durent tous mettre pied à terre et combattirent alors avec acharnement.
De leur côté, les musulmans combattirent avec une grande vaillance, et Dieu leur accorda la victoire. Les troupes entourèrent les Tatars de toutes parts et en tuèrent un grand nombre. Parmi les musulmans, quelques-uns tombèrent également. Parmi les notables tués figurèrent l’éminent émir Ḍiyāʾ al-Dīn ibn al-Khaṭīr, Sayf al-Dīn Qirān al-ʿAlāʾī (3), Sayf al-Dīn Qafjāq (4) le jāshankīr, et ʿIzz al-Dīn Aybak al-Shaqīfī (5). On fit prisonniers plusieurs émirs mongols et émirs des Rūm, tandis que le Barwānāh (6) prit la fuite et put sauver sa vie. Il entra à Qaysarīyya à l’aube du dimanche douzième Dhu al-Qaʿda, informa les émirs de son souverain de la défaite (7) des Tatars à al-Balastīn et leur recommanda la retraite. Ils s’y résignèrent et abandonnèrent la ville. Alors le roi al-Ẓāhir y pénétra et y accomplit la prière du vendredi le sept