Les Tatars, accompagnés de l’armée de Mossoul, de l’armée de Mardin et des Kurdes, érigèrent contre elle vingt-trois mangonneaux. C’est alors que, de nuit (1), les habitants d’al-Bira sortirent, surprirent le camp tatar, mirent le feu aux mangonneaux et pillèrent de nombreux biens, puis retournèrent chez eux sains et saufs. L’armée resta devant la cité jusqu’au dix-neuvième du mois susmentionné, puis se retira, pleine de dépit, sans avoir rien obtenu. Dieu épargna aux croyants le combat, car Il est Fort et Puissant.
Lorsque le sultan apprit que les Tatars étaient descendus sur al-Bira, il dépensa six cent mille dinars pour l’armée, puis partit rapidement, accompagné de son fils as-Sa‘îd. Arrivé en chemin, la nouvelle du départ des Tatars (2) lui parvint, et il rebroussa alors vers Damas. Ensuite, au mois de Rajab, il se rendit au Caire, où il entra le dix-huitième jour. Il y trouva vingt-cinq envoyés de la part des rois de divers pays qui l’attendaient : ils vinrent au-devant de lui, lui parlèrent et s’inclinèrent jusqu’à baiser la terre devant lui, puis il pénétra dans la citadelle dans une magnificence considérable.
Lorsque al-Barwânâh retourna au pays des Rûm, il fit prêter serment aux grands émirs parmi eux : Sharaf ad-Dîn Mas‘ûd, Diyâ’ ad-Dîn Maḥmûd, tous deux fils d’al-Khaṭîr (3), Amîn ad-Dîn Mîkâ’îl, Ḥusâm ad-Dîn Bîjâr (4) et son fils Bahâ’ ad-Dîn (5). Ils jurèrent d’être aux côtés du sultan al-Malik aẓ-Ẓâhir, de se dresser contre Abghâ et de lui prêter obédience. Al-Barwânâh en informa al-Malik aẓ-Ẓâhir, le priant d’envoyer une armée et de lui verser ce qu’il remettait jadis aux Tatars, et que Ghiyâth ad-Dîn Kanjarî (6) demeure en fonction, siégeant sur le trône des Rûm.
Cette année-là, les habitants de Damas invoquèrent la pluie pendant trois jours d’affilée, sans obtenir satisfaction. Toujours durant la même année, au mois de Ramaḍân, on surprit un homme et une femme en plein jour de jeûne en flagrant délit d’adultère. Par ordre d‘Alâ’ ad-Dîn, responsable du dîwân, ils furent lapidés, alors qu’on n’avait jamais lapidé personne à Damas depuis sa fondation. Cela est fort étonnant. Ensuite, cette même année, les Damasquins prièrent de nouveau pour la pluie à la fin de Rajab et au début de Sha‘bân — coïncidant avec la fin de janvier —, mais ne furent pas exaucés.
Pendant cette même période, le sultan expédia une armée vers Dongola, qui défit l’armée soudanaise, provoqua de nombreuses pertes et captura beaucoup de prisonniers, si bien que chaque esclave y fut vendu au prix de trois dirhams. Leur roi, Dâwudâh (8), s’enfuit alors auprès du souverain de Nubie, qui l’envoya plus loin.