Le sultan voulut qu’il jugeât l’affaire selon sa propre école de droit, ce qui le mit en colère. Il s’écria : « Ces biens appartiennent à leurs propriétaires (1), et il n’est pas permis à un musulman de s’en emparer. » Puis il quitta l’assemblée et s’en alla. Le sultan en fut très irrité, mais une fois sa colère apaisée, il fit ensuite son éloge et dit : « Que nos écrits ne soient validés qu’en sa présence. » Ibn ‘Attâ’ comptait parmi les savants vertueux : il était très humble et n’avait que peu d’appétence pour les biens de ce monde. Ibn Jamâ‘ah (2) transmit de lui et il accorda une autorisation à al-Barzalî (3). Il mourut un vendredi, le neuvième jour de Jumâdâ al-Ûlâ, et fut inhumé près de al-Muʿaẓẓamiyyah (4), au pied du mont Qâsiyûn – qu’Allah lui fasse miséricorde.
Quant à Bimnâh ibn Bimand ibn Bimand (5), il était le prince franc de Tripoli. Son grand-père avait été le représentant de la fille de Sonjil (6), celle-ci s’étant emparée de Tripoli à Ibn ‘Ammâr aux environs de l’an cinq cents (de l’Hégire). Elle était orpheline et résidait sur l’une des îles au large, de sorte que ce grand-père s’empara de la ville en raison de l’éloignement de sa maîtresse. Par la suite, son fils en hérita, puis son petit-fils, c’est-à-dire celui dont il est ici question, qui avait une belle apparence (7).
Qutb ad-Dîn al-Yûnînî (8) raconte : « Je l’ai vu à Baalbek en l’an 658 (de l’Hégire), lorsqu’il vint saluer Kitbughanawiyîn. Il voulut alors solliciter Baalbek de sa part, ce qui pesa aux musulmans. Quand il mourut, on l’enterra dans une église (9) à Tripoli. Après la conquête de la ville par les musulmans, en l’an 688 (de l’Hégire), les gens exhumèrent son corps, le retirèrent de sa tombe et jetèrent ses ossements sur les ordures pour les chiens. »
[Ensuite vint l’an 674 (de l’Hégire)]
Le jeudi 8 Jumâdâ al-Ûlâ, les Tatars arrivèrent à al-Bîrah au nombre de trente mille combattants : quinze mille Mongols et quinze mille Romains, tous placés sous le commandement du Barwânah (10), conformément aux ordres d’Abghâ, le roi.