Ibn Numaï (1) possédait cet état d’esprit. Il résida parfois dans la grotte de Hirâ’, espérant – comme on le rapporte – qu’une Révélation lui parviendrait à cet endroit, à l’instar de celle reçue par le Prophète (que la paix et le salut soient sur lui). Il s’appuyait en cela sur son dogme corrompu selon lequel la prophétie serait un état qui s’acquiert, un flux jaillissant sur l’intellect lorsque celui-ci se purifie. Il n’en récolta toutefois que l’humiliation en ce monde et dans l’au-delà, s’il est mort en restant attaché à cette croyance. Il est également rapporté que, lorsqu’il voyait les pèlerins tourner autour de la Ka‘ba, il disait à leur sujet : « C’est comme s’ils... », et l’on attribue à son compte de graves paroles et agissements. Il mourut à La Mecque le vingt-huit du mois de Shawwâl.
Puis arriva l’année six cent soixante-dix de l’Hégire (2). Elle commença avec pour calife en poste Al-Hâkim bi-Amr Allâh Abû al-‘Abbâs Aḥmad al-‘Abbâsî, et pour sultan de l’islam Al-Malik al-Ẓâhir. Le dimanche quatorzième du mois de Muḥarram, le sultan se rendit par voie maritime à la rencontre des « chawânî » – de nouveaux navires construits en remplacement de ceux qui avaient sombré à l’île de Chypre – au nombre de quarante (3). Il embarqua sur l’un d’eux en compagnie de l’émir Badr al-Dîn (4). Le bâtiment pencha, si bien que le khazindâr tomba à l’eau et coula. Un homme se jeta aussitôt derrière lui, le saisit par les cheveux et le sauva de la noyade. Le sultan combla alors cet homme d’honneurs et le traita avec générosité.
À la fin de Muḥarram, le sultan partit avec un faible contingent de sa garde rapprochée et quelques émirs des terres d’Égypte jusqu’à ce qu’il arrivât à al-Karak. Il emmena avec lui le lieutenant de cette place jusqu’à Damas, où il entra le douzième de Ṣafar, accompagné de l’émir ‘Izz al-Dîn Aydmar (5), alors gouverneur d’al-Karak. Il le nomma gouverneur de Damas et destitua Jamâl al-Dîn Âqouch al-Najîbî (6) le quatorzième de Ṣafar, puis il se rendit à Ḥamâ et revint dix jours plus tard.
Au mois de Rabî‘ al-Awwal, des groupes entiers affluèrent depuis Alep, Ḥamâ et Ḥomṣ en direction de Damas, par crainte des Tatars. De nombreux habitants de Damas fuirent également. Au mois de Rabî‘ al-Âkhir, les troupes égyptiennes arrivèrent auprès du sultan à Damas, et il quitta la ville avec elles le septième