Puis débuta l’année six cent soixante-neuf de l’Hégire.
Au début du mois de Safar de cette année, le sultan partit des territoires égyptiens avec une partie de l’armée en direction d’Ascalon. Il y détruisit le reste de son rempart, qui avait été négligé depuis l’époque du sultan Ṣalāḥ al-Dīn. Dans ce qu’il démolit, on trouva deux cruches renfermant deux mille dinars, qu’il distribua aux émirs. On lui annonça alors la bonne nouvelle selon laquelle Manqūtmur venait de vaincre l’armée d’Abāqā, ce qui le remplit de joie, puis il retourna au Caire.
Au mois de Rabīʿ al-Awwal, il parvint au sultan que les habitants d’Acre avaient mis à mort, en les décapitant au grand jour devant la ville, les prisonniers musulmans qu’ils détenaient. En représailles, il ordonna l’exécution de ceux qu’il avait capturés parmi les gens d’Acre : on leur trancha la tête au même moment, un matin, et ils étaient près d’une centaine (1).
La même année, la grande mosquée de Manchiyya (2) fut achevée, et la prière du vendredi y fut célébrée le vingt-deuxième jour de Rabīʿ al-Ākhir.
Cette année-là également, de longues guerres éclatèrent entre les habitants de Tunis et les Francs. Elles furent suivies d’une trêve et de la suspension des hostilités, après la mort innombrable de combattants dans les deux camps.
Le jeudi huitième jour de Rajab, al-Ẓāhir entra dans Damas en compagnie de son fils al-Malik al-Saʿīd, du vizir Ibn al-Ḥinnā et du gros de l’armée. Ils se dispersèrent ensuite et convinrent de se rejoindre sur la côte, pour lancer des attaques contre Jabala, Lattaquié, al-Marqab, ʿArqā (3) et les territoires voisins. Une fois réunis, ils prirent Ṣāfītā (4) et al-Majdal, puis se mirent en route pour assiéger le château des Kurdes (Ḥiṣn al-Akrād) le mardi dix-neuf de Rajab. Cette forteresse était protégée par trois enceintes. Après avoir installé leurs mangonneaux, ils le prirent de force (5) à la mi-Shaʿbān. L’armée y pénétra sous la conduite du fils du sultan, al-Malik al-Saʿīd. Le sultan libéra les habitants, leur accorda sa grâce et les laissa partir à Tripoli. Dix jours après la prise, il se rendit maître de la citadelle, expulsa à nouveau ses occupants et transforma l’église de la ville en mosquée, où il établit la prière du vendredi. Il y nomma un gouverneur (nâʾib) et un juge (qâḍî), puis ordonna la reconstruction des lieux.
Le seigneur d’Anṭarsūs (6) fit parvenir au sultan les clefs de sa ville et le pria de conclure la paix, à condition de lui céder la moitié des revenus de ses territoires et de laisser un représentant du sultan y demeurer. Le sultan accepta, de même que le seigneur du Marqab, qui conclut également la paix sur le même principe de partage et mit fin à la guerre pour dix années.