Au mois de Rajab, les députés du sultan prirent possession de Masyaf aux Ismaéliens. L’émir qui la dirigeait, as-Sarim Mubarak ibn ar-Ridâ, s’enfuit. Le seigneur de Hama l’attira par la ruse, le captura puis l’envoya au sultan, qui l’enferma dans l’une des tours du Caire.
Cette même année, le sultan envoya des balustrades (darbazinât) à la Chambre prophétique et ordonna qu’elles soient disposées autour de la tombe afin de la protéger. Il fit également fabriquer, sur le territoire égyptien, des portes destinées à être ouvertes et fermées, puis les fit installer tout autour.
Durant cette année encore, la rumeur se répandit que les Francs envisageaient d’envahir les contrées du Shâm. Le sultan équipa alors ses armées pour les affronter. Dans le même temps, il redoubla de vigilance à l’égard d’Alexandrie, par crainte qu’elle ne soit attaquée. Il la fortifia, établit des ponts pour la défendre en cas d’irruption de l’ennemi et ordonna la mise à mort des chiens qui s’y trouvaient.
Au cours de cette même période, la dynastie des Banû ʿAbd al-Mu’min s’éteignit au Maghreb. Le dernier de ses représentants fut Idrîs ibn ʿAbd Allâh ibn Muḥammad ibn Yûsuf, souverain de Marrakech, qui fut tué par les Banû Marîn cette année-là.
Parmi les notables décédés au cours de cette année se trouve as-Sâḥib Zayn ad-Dîn (3) Yaʿqûb ibn ʿAbd ar-Rafîʿ (4) ibn Zayd ibn Mâlik, l’Égyptien connu sous le nom d’Ibn az-Zubayrî (5). Il était un homme de savoir et de rang. Il occupa la fonction de vizir auprès du roi al-Muẓaffar Qutuz, puis auprès d’al-Ẓâhir Baybars au début de son règne, avant d’être démis de ses fonctions au profit de Bahâ’ ad-Dîn ibn al-Ḥannâ (6). Il se retira alors chez lui, où il mourut le quatorzième jour de Rabîʿ al-Âkhir de cette même année. Il laissa également de bons poèmes (7).
En outre, le cheikh Muwaffaq ad-Dîn (8) Aḥmad ibn al-Qâsim ibn Khalîfa al-Khazrajî, médecin connu (9) sous le nom d’Ibn Abî Uṣaybiʿa, s’éteignit lui aussi. Il est l’auteur du « Târîkh al-Aṭibbâ’ » (10) en dix volumes succincts. Cet ouvrage fut consacré en waqf (fondation pieuse) au sanctuaire d’Ibn ʿUrwah.