D’après l’opinion la plus solide, selon la majorité des juristes, il convient de restituer ces biens à leurs propriétaires, se fondant sur le hadith de la chamelle al-ʿAdhbāʾ, la chamelle du Messager de Dieu (que Dieu lui accorde grâce et paix), qu’il récupéra après qu’elle eut été prise par les polythéistes. Ils s’appuient sur ce récit, et d’autres analogues, pour réfuter l’avis d’Abou Ḥanīfa.
Cependant, certains savants estiment que si les mécréants s’emparent des biens des musulmans, puis se convertissent alors que ces biens demeurent en leur possession, ils en deviennent légitimement propriétaires. Ils invoquent, à cet égard, la parole du Prophète (que Dieu lui accorde grâce et paix) : « ʿAqīl nous a-t-il laissé la moindre maison ? ». En effet, ʿAqīl s’empara des biens des musulmans qui avaient émigré, puis il se convertit tandis que ces biens se trouvaient encore entre ses mains, et on ne les lui retira pas. En revanche, si l’on avait déjà réussi à récupérer ces biens avant leur conversion, il fallait les rendre à leurs propriétaires, à la lumière du hadith relatif à la chamelle al-ʿAdhbāʾ.
C’est dans ce contexte que le sultan al-Ẓāhir réunit un conseil composé de juges issus de toutes les écoles juridiques, afin de débattre de la question. Il s’obstina dans sa décision, s’appuyant sur les fatwas dont il disposait, ce qui effraya la population quant aux conséquences qui pouvaient en découler. Alors intervint al-Ṣāḥib Fakhr al-Dīn, fils du vizir Bahāʾ al-Dīn ibn al-Ḥannā, qui avait enseigné dans la madrasa al-Shāfiʿiyya après Ibn Bint al-Aʿazz.
Il dit : « Ô Khawand (Majesté), les habitants de la ville acceptent de se réconcilier avec vous pour un million de dirhams, à raison de deux cent mille dirhams par an. » Toutefois, le sultan refusa et exigea que la somme soit payée dans les jours suivants, puis il partit en Égypte. Il finit cependant par consentir à un échelonnement du paiement, ce dont la population reçut la bonne nouvelle – [elle fut lue depuis la chaire, et les gens s’en réjouirent]. Il fut ordonné de verser immédiatement quatre cent mille dirhams et de restituer les récoltes que l’on avait mises sous séquestre lors du partage et de la récolte des fruits. Cet acte sema néanmoins la discorde dans l’esprit de la population à l’encontre du sultan.
Lorsque l’autorité d’Abāqā sur les Mongols (Tatars) fut solidement établie, il maintint son ministre Naṣīr al-Dīn al-Ṭūsī, et il nomma sur les territoires du Rūm (l’Asie Mineure) al-Barwānāh, dont la valeur et le rang s’accrurent grandement à ses yeux. Celui-ci administra alors ces contrées en toute autonomie et y gagna un grand prestige.
Cette année-là, le maître du Yémen écrivit à al-Ẓāhir pour lui manifester sa soumission et son rattachement, annonçant que la prière du vendredi (khuṭba) serait prononcée en son nom au Yémen. Il lui expédia de nombreux présents et offrandes, auxquels le sultan répondit par l’envoi de cadeaux, de somptueux vêtements d’honneur, d’un étendard (sanjak) et d’une investiture officielle.